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	<description>revue électronique de psychologie et humanités</description>
	<lastBuildDate>Mon, 17 Sep 2012 21:17:09 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Durée du traitement, perspective future et adhésion thérapeutique chez des patients sous antirétroviraux en Côte d’Ivoire</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Sep 2012 22:38:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>epsys-revue</dc:creator>
				<category><![CDATA[articles]]></category>
		<category><![CDATA[médecine]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[adhésion thérapeutique]]></category>
		<category><![CDATA[antirétroviraux]]></category>
		<category><![CDATA[VIH]]></category>

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		<description><![CDATA[Hassan Guy Roger Tieffi
Docteur en Psychologie. Enseignant Chercheur au Centre Ivoirien d’Etude et de Recherche en Psychologie Appliquée (CIERPA), UFR des Sciences de l’Homme et de la Société, Université de Cocody-Abidjan]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		TD P { margin-bottom: 0cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } 		A:link { color: #0000ff; so-language: es-ES } --><span style="font-size: small;"><strong>Hassan Guy Roger Tieffi</strong><br />
Docteur en Psychologie. Enseignant Chercheur au Centre Ivoirien d’Etude et de Recherche en Psychologie Appliquée (CIERPA), UFR des Sciences de l’Homme et de la Société, Université de Cocody-Abidjan</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong> </strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>Résumé</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">L’étude a pour objectif d’examiner le lien entre, d’une part la durée du traitement et la perspective future, et d’autre part l’adhésion thérapeutique chez des patients en Côte d’Ivoire. 150 personnes (52 hommes et 98 femmes) vivant avec le VIH/SIDA, sous traitement antirétroviraux (ARV) ont participé à l’enquête. Ils forment trois groupes : les patients de moins d’un an de traitement, ceux qui ont une durée de traitement située entre 1 et 5 ans, et le groupe de patients qui a plus de 5 ans de traitement. Ils ont tous été soumis aux six items de la dimension future de la version courte de l’échelle de temporalité (ZTPI) de Fieulaine, Apostolidis et Olivetto (2006) issue de la validation française de Apostolidis et Fieulaine (2004), et à un questionnaire évaluant le niveau d’adhésion au traitement ARV. Les résultats montrent que lorsque les patients sont en début de traitement, ils adhèrent plus à la thérapie par rapport à ceux qui ont plus de 5 ans de traitement. Ils indiquent également que les patients de niveau d’adhésion élevé se retrouvent dans le groupe d’individus ayant une temporalité future étendue. Ces informations pourraient être exploitées par les équipes médicales dans la prise en charge des personnes infectées en Côte d’Ivoire.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>Mots-clés</strong><strong> :</strong> durée du traitement, temporalité, perspective future, antirétroviraux, VIH/SIDA, adhésion thérapeutique</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>Abstract</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">The study aims to examine the relationship between, on the one hand, the duration of treatment and the future perspective, and other therapeutic adherence among patients in Côte d&#8217;Ivoire. 150 people (52 men and 98 women) living with HIV/AIDS under antiretroviral (ARV) treatment participated in the survey. They form three groups: patients less than one year of treatment, those with treatment duration of 1 to 5 years, and the group of patients with more than 5 years of treatment. They have all been subject to six items concerning the future of the short version of the scale of temporality (ZTPI) of Fieulaine Apostolidis and Olivetto (2006) after the French validation and Fieulaine Apostolidis (2004), and a questionnaire assessing the level of adherence to ARV treatment. The results show that when patients are at the beginning of treatment, they adhere more to therapy than those who have more than 5 years of treatment. They also indicate that patients with high adhesion can be found in the group of individuals with a future temporal extent. This information could be used by medical personnel in the care of infected persons in Côte d&#8217;Ivoire.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>Keywords </strong><strong>:</strong><strong> </strong>duration of treatment, temporality, future perspective, antiretroviral, HIV/AIDS, treatment adherence</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>1. Problématique</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">A l’époque de la découverte du Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) en 1980, la sensibilisation était le seul moyen dont disposait la médecine pour lutter contre l’infection par ce virus. Puis, avec les progrès scientifiques réalisés dans le domaine médical et l’évolution des connaissances sur cette infection, il y a eu l’apparition des antirétroviraux (ARV) cela fait maintenant plusieurs années. Cette découverte majeure a révolutionné le traitement de cette infection, et depuis cette période jusqu’à nos jours, les ARV restent encore officiellement la thérapeutique la plus efficace pour stabiliser le patient au niveau métabolique.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">La mise sous le marché et l’introduction des ARV dans le traitement des personnes vivant avec le VIH/SIDA ne se sont pas faites à la même échelle dans toutes les parties du monde touchées par cette pandémie. En effet, ce traitement qui était véritablement une innovation médicale, n’était pas particulièrement accessible à tous les patients des pays africains, notamment à ceux des pays au Sud du Sahara où le taux de prévalence est le plus élevé du monde (ONUSIDA, 2002) à cause de sa disponibilité et de son coût (Kanga, sous presse). Cette situation était le cas de la Côte d’Ivoire, où depuis la découverte des premiers cas en 1985, la population de malades n’a fait que croitre faisant de ce pays la zone la plus affectée de l’Afrique de l’Ouest avec une séroprévalence moyenne de 10 % en 2001 (valeur légèrement en baisse ces dernières années) (UNFPA Côte d’Ivoire, 2009). Ce n’est qu’en août 2008 qu’un décret du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique rend totalement gratuite la distribution des ARV aux personnes vivant avec le VIH/SIDA dans toutes les structures sanitaires en Côte d’ivoire (PEPFAR, 2008).</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Cette avancée thérapeutique, maintenant vulgarisée dans presque tous les pays, classe l’infection au VIH parmi les maladies chroniques puisque la prise des ARV est un traitement à vie (Baszanger, 1986, Vaillant, 2008). Ce type de traitement qui dure toute la vie, et qui nécessite le respect des prescriptions médicales pour être efficace, demande une implication du patient lui-même donc une adhésion à ce traitement.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Selon Baudrant-Boga (2009), « l’adhésion correspond au degré d’acceptation du patient vis-à-vis de sa thérapeutique ». En d’autres termes, c’est une appropriation réfléchie de la part du patient de la prise en charge de sa maladie et de ses médicaments liée au désir de rester attaché aux recommandations médicales et de les appliquer de façon rigoureuse (Baudrant-Boga, Holtzmann, Allenet, Debeauchamp et Giraud-Baro, 2009 ; Price, 2008 ; Vervloet, 2006). Selon Sarradon-Eck, Egrot, Blanc et Faur (2008), l’adhésion au traitement ou l’adhésion thérapeutique du malade correspond à l’adéquation entre les perceptions du patient et celles du médecin concernant l’intérêt du traitement. Pour ces auteurs, c’est la condition à l’acceptation du traitement. C’est la raison pour laquelle l’adhésion est différente de l’observance qui met plutôt l’accent sur le respect des prescriptions médicales. Dans l’observance, le centre d’intérêt c’est le médecin avec sa prescription qu’il impose en quelque sorte au patient ; alors que dans l’adhésion le médecin et le patient s’accordent sur tous les facteurs qui entraveraient les prises médicamenteuses.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">La littérature scientifique consacrée à cette notion d’adhérence thérapeutique indique qu’elle est sous l’influence d’une multitude de facteurs qui peuvent se regrouper autour des éléments suivants : la maladie, le traitement, les facteurs démographiques et socio-économiques, le système de soins, le patient et/ou son entourage (Baudrant-Boga 2009 ; Delfraissy, 2004 ; Galand, Salès-Wuillemin et Amiel, 2010). Dans le cas particulier de l’infection au VIH, ces facteurs ont été longuement examinés dès l’apparition des ARV, et de plus en plus, les travaux se cristallisent actuellement sur des facteurs liés au patient lui-même. Car, même si les mentalités ont beaucoup évoluées, les individus restent encore attachés à l’idée qu’une personne atteinte de VIH/SIDA a une espérance de vie très limitée, et les prises médicamenteuses ne font que retarder de quelques années la date de décès (Beltzez, Saboni, Sauvage et Sommen, 2011 ; Sow et Desclaux, 2002). Cette conception, fondée essentiellement sur des aspects subjectifs, et répandue au sein des populations, pourrait influer sur la motivation des patients à suivre correctement un traitement ARV. Elle pose, aussi et surtout, le problème de l’importance du temps en termes de durée et de vécu de la personne vivant avec le VIH dans l’adhésion au traitement.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Fraisse (1967) fait partie des auteurs qui ont imposé le concept du temps dans les recherches en psychologie avec le développement des travaux sur la chronopsychologie, la chronobiologie et la perspective temporelle. Ces travaux reposent sur deux approches du temps. La première est l’approche socio-économique du temps dans laquelle le temps est quantifiable et divisible. Il est linéaire et peut s’évaluer par le biais d’instruments tels que le chronomètre, l’horloge, le calendrier, etc. Dans cette ligne de pensées des auteurs ont montré que les processus psychologiques peuvent fluctuer en fonction du temps (moment de la journée) (Méité, 2009 ; Testu, 1994). En psychologie de la santé également, la durée du traitement est citée parmi les facteurs susceptibles d’influencer l’adhésion thérapeutique chez des patients (Chastaing, Misery et Schollhammer, 2011 ; Dujardin et Roussignol, 2010 ; Golin cité par Mupendwa et Ntokamunda 2009 ; Zarski, Leroy et Hilleret, 2007). Quant à la seconde orientation, elle fait référence à l’approche qualitative ou psychologique du temps. Ici, le temps c’est le vécu. Il est individuel. C’est ce vécu qui est appelé la perspective temporelle (voir Thiebaut (1998) pour une revue). Les points de vue concernant la perspective temporelle se rapportent aux idées de Lewin (1942). Selon cet auteur, l’individu évolue dans un espace de vie, cet espace n’a pas pour limite les seuls éléments que considère l’individu dans une situation actuelle (le présent), mais s’étend aussi à ceux du futur et du passé. C’est ainsi qu’« un individu va décider de se comporter de telle ou telle manière face à une situation donnée soit en se remémorant ses expériences passées, positives ou négatives, soit en élaborant des anticipations et des attentes concernant le futur, soit en se concentrant sur les caractéristiques de la situation présente dans une attitude de résignation ou de recherche de sensations » (Zimbardo et Boyd, cité par Apostolidis et Fieulaine, 2004).</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Le rapport au temps tel que présenté a été identifié comme un facteur fondamental dans les comportements et pratiques mises en œuvre et les représentations mobilisées face à la maladie et les prescriptions médicales (Apostolidis et Fieulaine, 2004 ; Pelard, Apostolidis, Ben Soussan et Gonçalves, 2008 ; Tap, Tarquinio et Sordes-Ader, 2002 ; Tieffi, Méité, Kanga, Achi et N’Guessan, 2012).  Le plus souvent, c’est la dimension future qui mise en cause. Ainsi, on a pu montrer, par exemple, que les individus présentant des troubles graves de maladies mentales sont totalement détournés du futur (Schlosberg, cité par Thiébaut, 1998). D’autres travaux ont pu établir un lien entre la perspective future et la perception de la santé (Bouffard et Bastin, 1992). Cependant, jusqu’à présent, il semble que l’adhérence thérapeutique n’a pas été examinée en relation avec la perspective future chez des patients sous ARV de durée de traitement différente. C’est ce que la présente étude se charge d’explorer. Elle propose sur la base des travaux antérieurement évoqués que la durée du traitement et la perspective temporelle future entretiennent à la fois des relations simples et complexes avec l’adhérence thérapeutique chez des patients sous ARV.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>2. Méthode</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>2.1. Participants</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">L’enquête a concerné 150 individus séropositifs, des deux sexes (52 hommes et 98 femmes), qui suivent un traitement ARV au Centre Hospitalier Universitaire de Cocody, en Côte d’Ivoire, dont l’âge varie entre 22 et 48 ans.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>2.2. Instruments</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">La perspective temporelle future des participants a été évaluée à l’aide des six items de la version courte de l’échelle de temporalité (ZTPI) de Fieulaine, Apostolidis et Olivetto (2006) issue de la validation française de Apostolidis et Fieulaine (2004). Quant au niveau d’adhésion au traitement  ARV, il a été estimé par le biais d’un questionnaire construit à cet effet.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>2.2.1. ZTPI</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">La version utilisée est composée de 25 items. C’est une échelle multidimensionnelle auto-administrée permettant de mesurer la perspective temporelle par le rapport aux 3 registres temporels (passé, présent et futur) et l’attitude à l’égard de chacun d’eux. Elle est composée de 5 dimensions: passé positif, passé négatif, présent fataliste, présent hédoniste et futur. Cependant, ce sont les items qui évaluent la dimension Future de la perspective temporelle qui ont été utilisés dans la présente étude compte tenue de l’objectif visé. Ils sont libellés en ces termes :</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Item N°1 : « Je fais aboutir mes projets à temps, en progressant étape par étape. »<br />
Item N°2 : « Je fais des listes de choses à faire. »<br />
Item N°3 : « Avant de se donner du bon temps le soir, mieux vaut penser à ce qu’il y a à faire pour le lendemain. »<br />
Item N°4 : « Avant de prendre une décision, je pèse le pour et le contre. »<br />
Item N°5 : « Quand je dois réaliser quelque chose, je me fixe des buts et j’envisage les moyens précis pour les atteindre. »<br />
Item N°6 : « Je crois que la journée d’une personne doit être planifiée à l’avance chaque matin. »</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Les sujets sont invités à situer leurs réponses sur une échelle de type Likert à 5 points. Ces réponses permettent de savoir si la dimension Future est étendue ou limitée chez le sujet interrogé.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>2.2.2. Questionnaire d’adhésion au traitement ARV</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Il a été conçu sur la base des travaux de Baudrant-Boga (2009), Mupendwa et Ntokamunda (2009) et de Tourette-Turgis et Rébillon (2001). Il porte sur les aspects suivants : la connaissance du traitement, le jugement porté sur le traitement, la compréhension du sens des prises de médicaments et le respect des prescriptions, la régularité aux rendez-vous, l’arrêt du traitement. En fonction des réponses apportées par le patient, celui-ci est qualifié comme ayant un niveau d’adhésion élevé ou bas.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>3. Résultats</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Les résultats sont présentés dans des tableaux et leur significativité est testée à l’aide du khi-deux (ᵪ<sup>2</sup>). Il s’agit d’abord du lien entre la durée du traitement et la perspective temporelle future, ensuite de la relation entre la durée du traitement et de l’adhésion thérapeutique, et enfin du rapport entre la perspective temporelle future et l’adhésion au traitement.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>3.1. Durée du traitement et perspective temporelle future</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Le tableau 1 montre qu’il y a une relation significative entre la durée du traitement des patients et leur perspective future. Spécifiquement, les patients qui commencent le traitement ARV ont une perspective future étendue comparativement à ceux qui ont déjà plus de 5 ans de traitement (ᵪ<sup>2</sup> = 18,51, P&lt;.05).</span></p>
<p><span style="font-size: x-small;"><em><strong>Tableau 1</strong> : Répartition des effectifs des patients en fonction de la durée du traitement et de leur perspective temporelle (PT).</em></span></p>
<table cellspacing="0" cellpadding="4" width="551">
<tbody>
<tr valign="TOP">
<td rowspan="2" width="78"></td>
<td style="text-align: center;" width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">PT 			future</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></td>
<td colspan="3" rowspan="2" width="269"><span style="font-size: small;"> </span><span style="font-size: small;"> </span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">PT 			limitée</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">PT 			étendue</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="6" width="78"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Durée 			du traitement</span></span></p>
</td>
<td style="text-align: center;" rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Moins 			d&#8217;un an</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">4</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">34</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">38</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">10,5%</span></span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">89,5%</span></span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">100,0%</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;">1 			à 5 ans</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">31</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">44</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">75</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">41,3%</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">58,7%</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">100,0%</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td style="text-align: center;" rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;">Plus 			de 5 ans</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">21</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">16</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">37</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">56,8%</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">43,2%</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">100,0%</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="2" width="78"><span style="font-size: small;">Total</span></td>
<td width="79"><span style="font-size: small;">Effectif</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">56</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">94</span></span></td>
<td colspan="2" width="204"><span style="font-size: small;">150</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="79"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">37,3%</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">62,7%</span></span></td>
<td colspan="2" width="204"><span style="font-size: small;">100,0%</span></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: center;" colspan="6" width="542" valign="TOP"><span style="font-size: small;">ᵪ<span style="color: #000000;"><sup>2</sup></span><span style="color: #000000;"> = 18,51, P&lt;.05 significatif</span></span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span style="font-size: small;"><strong><br />
3.2. Durée du traitement et adhésion thérapeutique</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Le tableau 2 montre qu’il existe un lien significatif entre la durée du traitement des patients et leur adhésion thérapeutique. En clair, en début de traitement aux ARV, les patients ont un niveau d’adhésion élevé par rapport à ceux qui ont plus de 5 ans de traitement (ᵪ<sup>2</sup> = 19,46, P&lt;.05).</span></p>
<p><span style="font-size: x-small;"><em><strong>Tableau 2</strong> : Répartition des effectifs des patients en fonction de la durée du traitement et de leur niveau d’adhésion.</em></span></p>
<table cellspacing="0" cellpadding="4" width="551">
<tbody>
<tr valign="TOP">
<td rowspan="2" width="78"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></td>
<td style="text-align: center;" colspan="2" width="179"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Niveau 			d’adhésion</span></span></td>
<td colspan="3" rowspan="2" width="269"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: small;">Total</span></p>
</td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Niveau 			d&#8217;adhésion élevé</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Niveau 			d&#8217;adhésion bas</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="6" width="78"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Durée 			du traitement</span></span></p>
</td>
<td rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Moins 			d&#8217;un an</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">30</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">8</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">38</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td style="text-align: center;" width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">20,0%</span></span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">5,3%</span></span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">25,3%</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;">1 			à 5 ans</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">31</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">44</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">75</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">20,7%</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">29,3%</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">50,0%</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td style="text-align: center;" rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;">Plus 			de 5 ans</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">12</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">25</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">37</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">8,0%</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">16,7%</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">24,7%</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="2" width="78"><span style="font-size: small;">Total</span></td>
<td width="79"><span style="font-size: small;">Effectif</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">73</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">77</span></span></td>
<td colspan="2" width="204"><span style="font-size: small;">150</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="79"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">48,7%</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">51,3%</span></span></td>
<td colspan="2" width="204"><span style="font-size: small;">100,0%</span></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: center;" colspan="6" width="542" valign="TOP"><span style="font-size: small;"> ᵪ<span style="color: #000000;"><sup>2</sup></span><span style="color: #000000;"> = 19,46, P&lt;.05 significatif</span></span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span style="font-size: small;"><strong><br />
3.3. Perspective temporelle future et adhésion thérapeutique</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Le tableau 3 indique que le lien pressenti entre la perspective future et l’adhésion thérapeutique des patients n’est pas significatif (ᵪ<sup>2</sup> = 2,06, P&lt;.05). Cela signifie que la perspective temporelle ne peut être prise comme une variable intermédiaire entre la durée du traitement et l’adhésion thérapeutique avec les ARV chez les patients. </span></p>
<p><span style="font-size: x-small;"><em><strong>Tableau 3</strong> : Répartition des effectifs des patients en fonction de la perspective temporelle future et de leur niveau d’adhésion.</em></span></p>
<table cellspacing="0" cellpadding="4" width="551">
<tbody>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="2" width="78"></td>
<td colspan="2" width="179"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Niveau 			d’adhésion</span></span></td>
<td colspan="3" rowspan="2" width="269"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: small;">Total</span></p>
</td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Niveau 			d&#8217;adhésion élevé</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Niveau 			d&#8217;adhésion bas</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="4" width="78"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Perspective 			Temporelle future (PT)</span></span></td>
<td style="text-align: center;" rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">PT 			furure limitée</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">23</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">33</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">56</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">41,1%</span></span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">58,9%</span></span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">100,0%</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td style="text-align: center;" rowspan="2" width="79"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">PT 			furure étendue</span></span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">50</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">44</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">94</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="93"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;">53,2%</span></td>
<td width="88"><span style="font-size: small;">46,8%</span></td>
<td width="108"><span style="font-size: small;">100,0%</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td rowspan="2" width="78"><span style="font-size: small;">Total</span></td>
<td width="79"><span style="font-size: small;">Effectif</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">73</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">77</span></span></td>
<td colspan="2" width="204"><span style="font-size: small;">150</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="79"><span style="font-size: small;">%</span></td>
<td width="93"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">48,7%</span></span></td>
<td width="57"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">51,3%</span></span></td>
<td colspan="2" width="204"><span style="font-size: small;">100,0%</span></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: center;" colspan="6" width="542" valign="TOP"><span style="font-size: small;">ᵪ<span style="color: #000000;"><sup>2</sup></span><span style="color: #000000;"> = 2,06, P&lt;.05 non significatif</span></span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span style="font-size: small;"> <strong><br />
3.4. Perspective temporelle future et adhésion thérapeutique élevée</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Le tableau 4 montre que les patients de niveau d’adhésion élevé se retrouvent majoritairement dans le groupe d’individus ayant une temporalité future étendue (ᵪ<sup>2</sup> = 9,99, P&lt;.05).</span></p>
<p><span style="font-size: x-small;"><em><strong>Tableau 4</strong> :  Répartition des effectifs des patients en fonction du niveau d’adhésion  élevée (NAE) et de leur tendance étendue ou limitée de la perspective  temporelle future.</em></span></p>
<table cellspacing="0" cellpadding="4" width="550">
<tbody>
<tr valign="TOP">
<td width="118"></td>
<td width="162"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif 			observé</span></span></td>
<td width="158"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Effectif 			théorique</span></span></td>
<td width="78"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Résidu</span></span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="118"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">NAE 			PT limitée</span></span></td>
<td width="162"><span style="font-size: small;">23</span></td>
<td width="158"><span style="font-size: small;">36,5</span></td>
<td width="78"><span style="font-size: small;">-13,5</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="118"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">NAE 			PT étendue</span></span></td>
<td width="162"><span style="font-size: small;">50</span></td>
<td width="158"><span style="font-size: small;">36,5</span></td>
<td width="78"><span style="font-size: small;">13,5</span></td>
</tr>
<tr style="text-align: center;" valign="TOP">
<td width="118"><span style="font-size: small;"><span style="color: #000000;">Total</span></span></td>
<td width="162"><span style="font-size: small;">73</span></td>
<td width="158"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></td>
<td width="78"><span style="font-size: small;"> </span></p>
<p><span style="font-size: small;"> </span></td>
</tr>
<tr>
<td style="text-align: center;" colspan="4" width="540" valign="TOP"><span style="font-size: small;">ᵪ<span style="color: #000000;"><sup>2</sup></span><span style="color: #000000;"> = 9,99, P&lt;.05 significatif</span></span></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><span style="font-size: small;"><br />
En somme, le lien simple entre la durée du traitement et le niveau d’adhésion thérapeutique chez les patients sous ARV est vérifié. Le rapport simple entre la durée du traitement et la perspective temporelle future est également vérifié. Cependant, la perspective temporelle future n’est liée à l’adhésion thérapeutique que si l’on considère uniquement les niveaux élevés.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>4. Discussion</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">L’objectif de l’étude était d’examiner dans une perspective différentielle l’adhérence thérapeutique chez des patients sous ARV dont la durée de traitement et la perspective future ne sont pas identiques. Les résultats indiquent globalement que la durée du traitement et la perspective future sont des variables pertinentes dans l’examen de l’adhésion thérapeutique chez les patients sous ARV. </span></p>
<p><span style="font-size: small;">Les observations  faites à propos de l’adhésion thérapeutique  aux ARV en rapport avec la durée de traitement vont dans le sens de celles effectuées par Golin cité par Mupendwa et al. (2009) et Mupendwa et al. (2009). Ces travaux indiquent des taux très élevés d’adhésion chez des personnes infectées au VIH quel que soit le degré de leur maladie en début de traitement. Ce phénomène est appelé « starting medication event » par Golin.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Les travaux de Chastaing et al. (2011), Dujardin et al. (2010), et Zarski et al. (2007) portant sur d’autres affections corroborent aussi les résultats de la présente étude. En effet, dans une recherche portant sur l’adhésion au traitement dans les dermatoses chroniques, Chastaing et al. (2011) prouvent que l’adhésion thérapeutique s’inscrit dans la durée et doit être renégociée lors de la prise en charge. Dujardin et al. (2010) s’inscrivent dans cette même perspective avec les résultats de leur étude. Dans leur conclusion, ces auteurs réaffirment que l’adhésion du patient à son traitement est gage du succès thérapeutique. Ils montrent que les taux de mauvaises adhésions thérapeutiques dans les maladies chroniques peuvent atteindre les 75% en l’absence de suivi. Parmi les facteurs que ces auteurs incriminent, la durée du traitement occupe une place de choix. Zarski et al. (2007) arrivent aussi à une conclusion similaire dans le traitement de l&#8217;hépatite virale chronique C. Ils observent sur un échantillon de 11 000 patients 5% de cas d’arrêt du traitement à 6 mois et 13 à 16% de cas à 48 semaines.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Par ailleurs, la relation entre la durée du traitement et la perspective temporelle future mise en évidence dans l’étude n’est pas un fait du hasard dans la mesure où Fieulaine, Apostolidis et Olivetto (2006) l’ont déjà prédit. Ils pensent que les différences de perspective temporelle chez les individus proviendraient des expériences traversées par ceux-ci, notamment celles relatives aux maladies.</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Un autre aspect de l’étude est d’avoir prouvé que l’adhésion thérapeutique élevée est généralement liée à la perspective future étendue. Ce lien indique l’intérêt de cette composante de la personnalité de l’individu dans le suivi du traitement et l’amélioration de l’état de santé prouvé par de récents travaux (Apostolidis et Fieulaine, 2004 ; Pelard, Apostolidis, Ben Soussan et Gonçalves, 2008 ; Tap, Tarquinio et Sordes-Ader, 2002 ; Tieffi, Méité, Kanga, Achi et N’Guessan, 2012).</span></p>
<p><span style="font-size: small;">Au regard de ces informations qui peuvent avoir des applications dans le domaine médical, il importe que d’autres études soient menées en vue de conforter les résultats acquis ou les relativiser. C’est le lieu de préciser, qu’étant donné que la présente étude n’a pu établir de lien formel entre la perspective temporelle et le niveau d’adhésion, l’utilisation des 13 items de la dimension future de la version longue de la ZTPI de Apostolidis et Fieulaine (2004) semble s’imposer. Cette précaution méthodologique permettra d’évaluer la perspective temporelle future avec plus items, et ainsi donner plus de chance de cerner ce phénomène.</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><a name="_GoBack"></a><strong>Conclusion</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;">Le VIH/SIDA fait partie des pathologies dont la gestion nécessite une prise en charge à la fois médicale et psychologique dans le but de mobiliser toutes les ressources du patient afin d’optimiser les effets du traitement. C’est pourquoi de plus en plus les équipes médicales ont besoin de données provenant de recherches diverses dans des domaines aussi vairés que possible. C’est dans ce cadre que la présente étude apporte sa contribution. Elle confirme, comme cela l’a été prouvé par certains travaux, que la durée du traitement influence l’adhésion thérapeutique chez les patients sous ARV. Elle suggère qu’une attention particulière soit accordée aux patients qui ont déjà plusieurs années de traitement (plus de 5 ans), car c’est dans ce groupe que les patients ont des niveaux d’adhésion les plus faibles. Cette attention pourrait consister, par exemple, à reprendre tout le processus qui a conduit à leur adhésion au traitement à travers des séances d’écoute régulières. </span></p>
<p><span style="font-size: small;">En outre, en prouvant que ce sont les patients caractérisés par une perspective temporelle étendue qui possèdent généralement un niveau d’adhésion thérapeutique élevée, l’étude suggère aux équipes médicales de tenir compte de la perspective future des malades dans la prise en charge. L’évaluation de la perspective temporelle des patients peut permettre d’identifier les patients dont l’adhésion thérapeutique serait incertaine.</span></p>
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<p><span style="font-size: small;"><strong>Contact</strong></span></p>
<p><span style="font-size: small;"><span style="text-decoration: underline;"><a href="mailto:thgrfr@yahoo.fr">thgrfr@yahoo.fr</a></span></span></p>
<p><span style="font-size: small;"><br />
</span></p>
<p><span style="font-size: small;"><span style="text-decoration: underline;"><br />
</span></span></p>
<p><span style="font-family: Arial,serif;"><span style="font-size: x-small;"><strong><br />
</strong></span></span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Adolescents. Entre l’acte et l’errance</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jul 2011 21:53:29 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Lorena Bower
Licenciée en psychologie  
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Lorena Bower<br />
</strong>Licenciée en psychologie</p>
<p style="text-align: right;">« … Je viens offrir mon cœur. J’unirai les pointes d’un même lien,<br />
et  m’en irai tranquille, m’en irai lentement, et je te donnerai tout  et tu me donneras quelque chose,<br />
quelque chose qui m’allègera un peu plus… »</p>
<p style="text-align: right;">Fito Páez, <em>Je viens offrir mon cœur, 1985.</em></p>
<p><strong>Résume </strong></p>
<p>Dans une époque dans laquelle les référents classiques d’intervention ont subit une importante dégradation  et se sont vus substitués par d’autres, fondés aux débuts du marché ; la dimension de l’acte s’institut, entre les adolescents, comme forme privilégiée d’expression de leur mal être. L’acte et ses égarements se présentent comme une solution en état de court circuit pour échapper des impasses par rapport à la jouissance et à ce qui ne peut pas être dit dans la relation avec l’Autre.</p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p>Le monde contemporain traverse une période de profondes transformations culturelles, économiques  et sociales. Les innovations technologiques, et les succès politiques et économiques des dernières décennies, ont provoqué d’importantes mutations qui font que les certitudes à propos de la générosité du progrès scientifique oscillent maintenant en faveur de l’apparition de nouvelles formes de fondamentalisme.</p>
<p>Dans le nouveau contexte sont configurés divers styles de subjectivité ; cependant, le trait commun semble être le sentiment de déménagement et de grossesse qui est le reflet fidèle du moment que nous vivons.</p>
<p><strong>La société de l’impasse</strong></p>
<p>La société toute entière montre les impasses dans la transformation de la structure familiale, du cadre socio-éducatif, de la maille du patronat  et des employés. Les valeurs et les croyances de la modernité  poussent à l’oubli, mais celles qui ont été préconisées par la postmodernité semblent ne pas  couvrir ces espaces. Aujourd’hui il est quasi impossible  d’identifier ce qui est venu se substituer à la stabilité régnante (si quelque chose l’a fait).</p>
<p>Les institutions, supportrices  du discours d’une certaine époque, montrent de manière de plus en plus évidente son inefficacité en tant que patrons normatifs régulateurs des relations qui doivent être instituées entre les membres de la communauté. Il s’érige alors un certain vide qu’accentuent les sentiments  d’insécurité et de manque de protection collectifs qui ont un fort impact dans la construction des  subjectivités.</p>
<p>Dans l’actuelle <em>polis ouverte </em>on apprécie le risque mais on promeut des citoyens craintifs  dans les rapports et les compromis. Les problématiques affectives, les fluctuations de l’esprit se font présentes à travers les modalités de la dépression et situent le sujet entre l’exigence de l’idéal et le renoncement ou la rupture des liens.  On instaure le culte de l’<em>individu seul, mais libre </em>; fruit direct de la destruction des structures collectives provoquée par le néolibéralisme. Néanmoins, en exaltant la valeur de la réalisation personnelle, le respect de la singularité, on engendre des individus <em>libres… mais seuls.</em></p>
<p>Selon Lacan (1970), c’est l’empire du discours du maître qui suscite l’égalitarisme tandis qu’il ségrégue le mode  de satisfaction de  chacun.  L’économie se statue comme l’axe articulateur autour duquel tourne le sens des objets : utilité, efficacité et rentabilité sont les significativités à partir desquelles est désigné l’homme aujourd’hui, ou plutôt, le <em>« recours humain »,</em> puisque le système de production l’évalue et le nomme en fonction de l’utilité qu’il a. Par conséquent <em>« personne n’accède au statut de sujet sans se convertir au préalable en un produit de consommation »</em> (Bauman, 2007). Il advient ainsi la fatale circulation de <em>sujets-marchandises,</em> marchandises qui peuvent, parfois, être somptueuses, parfois misérables, mais toujours des produits qui répondent  de manière disciplinée au  marketing. Il s’institue la tyrannie  d’une globalisation qui impose l’égalisation obligatoire entre les individus et qui réduit au néant toute diversité en promouvant la culture de la consommation.</p>
<p>Contradictoirement, ce même système est une chaudière de ségrégation, puisque les sujets se différencient en se basant sur le succès dont ils sont capables, c’est à  dire, grâce à leur efficacité et rendement.   En somme, il est possible que jamais les sociétés aient été aussi inégales du point de vue des opportunités, mais jamais, non plus, n’ont été aussi égalitaires dans les  demandes qu’elles imposent.</p>
<p><strong>Les sujets de l’impasse</strong></p>
<p>Plus que jamais, la dépendance des objets est à l’extrême ; le sujet est pris par l’<em>addic(t)ion </em>et plongé dans l’impératif  caprice du <em>satisfacere </em>(<em>satis :</em> suffisamment ; <em>facere </em>: faire) il consomme même l’excès de la satisfaction. Ce <em>faire-à –l’excès</em>, cette fièvre de consommation intempérante s’applique à tous les domaines de la vie humaine, de sorte que l’on ne consomme pas seulement des objets mais aussi du temps, des espaces, des mots, des images et même des sujets. Ce qui caractérise la subjectivité actuelle est la dépression, le vide, et non plus l’abîme des remords mortifiants.</p>
<p>Le sujet est la proie (et le prisonnier) d’une jouissance qui est  à la fois unique et globalisée ; jouissance qui ne passe pas par l’Autre du langage, l’Autre social voir même l’Autre sexuel.  Il faut souligner que même les habits de cet Autre ont muté. Il ne s’agit plus de l’Autre qui jadis officiait comme support sur lequel se conjuguaient les identifications avec des idéaux définis et des rêves de culture. Des identifications à travers lesquelles les sujets se reconnaissaient comme étant égaux et bloquaient des nouvelles identifications, cette fois sont transversales. Aujourd’hui il s’agit d’un Autre prescient, vide  et incapable d’agir comme référent ou ordonnateur ; un Autre qu’intime le sujet avec une pression qui ne s’exerce pas vraiment dans la dimension de la prohibition mais plutôt dans la demande de jouissance.</p>
<p>Alors, quand cette demande de jouissance s’exerce sur des structures dans lesquelles la fonction paternelle n’a pas complètement échoué, mais qu’elle n’a pas non plus fini de se constituer, il émerge toute une série de <em>comportements erronés, égarés </em>: l’anorexie nerveuse, la boulimie, certaines modalités d’obésité, des addictions, des actes violents et/ou délinquants, des fuites, des <em>actings, </em>des passages à l’acte dont on observe un grand investissement  corporel qui place le sujet au bord … de la mort. Des évidences qui viennent concrétiser la prédominance de l’action  sur la symbolisation, l’empire d’une logique fondée sur des modes de jouissance  déployés à partir du plus-de-jouissance et non de l’Autre, ce qui relève un affaiblissement de l’ordre symbolique.<em> </em></p>
<p>Dans la contemporanéité l’<em>élaboration mentale semble intolérable et le sujet choisie d’agir.</em> Les conduites d’action se succèdent ; on dit agir, actuation dans laquelle on relève quelque chose du registre de l’action mais surtout de l’acte, du montrable, de la scène (soit pour y rester soit pour en sortir) et surtout l’impossibilité de donner cours symbolique au « ça » qui émerge, qui mord, qui fait mal et que l’on  prétend expirer à travers le corps.</p>
<p>C’est précisément chez les adolescents que ces comportements  se présentent le plus fréquemment. Face à la réalité inévitable des changements corporels, l’instance oppressante d’assumer une nouvelle identité et sachant sciemment que la maille significative dont il jouissait en tant  qu’enfant a cessé d’être efficace, l’adolescent se laisse <em>à la dérive,</em> sans aucun emblème capable de l’orienter vers le futur adulte. Selon Stevens (2001), la <em>« sortie de l’adolescence est le nouveau symptôme normal »</em>. Il y a sans doute des issues possibles, mais aussi, il est possible de ne pas en sortir complètement, ce qui signifie une adolescence <em> </em> interminable, ou bien, que l’adolescence donne lieu à des nouvelles configurations plus proches de l’acte que de la parole ; des subjectivités muettes.</p>
<p>Il est donc nécessaire de se demander  ce qu’il faut pour que le sujet sorte de l’adolescence. Pour répondre à cela il est possible de revenir sur ce dont parlait Lacan en 1957 :<em> « il s’agit de faire en sorte que le sujet trouve une autre forme à son je et pour cela il faut qu’il soit orienté vers le grand I, vers l’Idéal du Je »</em>.</p>
<p>Se construire un nouvel Idéal du Je implique un nouveau choix ayant comme signifiant : un prénom, une profession, se situer et dire quoi faire de sa vie. Il existe une autre issue : que le sujet s’oriente vers le phallus imaginaire, issue courante en raison de la structure.</p>
<p>On a beaucoup parlé du déclin de la paternité (canalisateur  de la fonction de l’Idéal du Je) donc, face à ce manque de  paternité, serai-t-il possible faire usage du père ?&#8230;</p>
<p>Lacan (1957) affirme que même si le père n’apparaît pas sous forme de visage, il est possible pour  le sujet de se servir de lui ; on peut ne pas croire au père et se servir de lui. Si on n’y parvient pas, une solution serait de faire appel  à la réalisation de ses actes, à leur manifestation ou aux nouveaux symptômes.</p>
<p>Les actes révèlent une position ambivalente face à l’Autre, dont le déclin submerge dans le terrain de l’<em>A-ddiction, </em>quand l’Autre ne dit rien, ne demande rien et n’espère rien en suscitant ainsi un : <em>« Fais ce que tu veux. Ça m’est égal. Je ne te parle pas et je ne t’écoute pas »</em> (Braunstein, 2006). Cette phrase pourrait, dans un premier temps, être porteuse de liberté <em>« fais ce que tu veux, personne ne juge, personne ne donne des ordres, il n’y a pas de loi qui contre ta possibilité de jouir »…</em>et c’est là ou réside le problème. Il ne s’agit plus du Dieu mort qui habilite tout mais que précisément, parce que Dieu est mort que tout est permis. Quand cet Autre devient sourd et muet, quand il ne demande rien et il ne donne pas des ordres il devient létal.</p>
<p>Dans une société à laquelle il manque des mots mais qui a trop d’acception, l’adolescent cherche à se faire une place ; croiser un regard, un Autre qui lui permette d’être, de vivre de se subjectiver. Ce n’est pas surprenant que cette recherche se face par la voie de l’acte, en se référant à un corps, un corps qui jouit, qui souffre, qui s’offre. <em>Donner la vie en offrande, la chair en échange de l’existence. </em> <em> </em></p>
<p><strong>Références bibliographiques</strong></p>
<p>BAUMAN, Z. (2007): <em>Vida de consumo</em>. México: Fondo de Cultura Económica.BOURDIEU, P. (1998): “L’essence du néolibéralisme.” En <em>Le Monde Diplomatique</em>, nº 528. Paris.<br />
BRAUNSTEIN, N. (2006): <em>El goce. Un concepto lacaniano</em>. México. Siglo XXI Editores.<br />
DÍAZ, E. (2000): <em>Postmodernidad.</em> Buenos Aires: Biblios.<br />
FREUD, S. (1979): <em>El malestar en la cultura</em>. Obras Completas. Vol. XXI. Buenos Aires: Amorrortu.<br />
LACAN, J. (1999): <em>Seminario V. Las formaciones del inconsciente. </em>Buenos Aires: Paidós.<br />
LACAN, J. (1987): <em>Seminario XI. Los cuatro conceptos fundamentales del Psicoanálisis. </em>Buenos Aires: Paidós.<br />
LACAN, J. (1992): <em>Seminario XVII. El revés del Psicoanálisis</em>. Buenos Aires: Paidós.<br />
LIPOVETSKY, G. (2006): <em>Los tiempos hipermodernos</em>. Barcelona: Anagrama.<br />
MAFFESOLI, M. (1990): <em>El tiempo de las Tribus</em>. Barcelona: ICARIA Editorial.<br />
STEVENS, A. (2001) <em>Nuevos síntomas en la adolescencia. </em>Conferencia dictada en la EOL- Rosario, Argentina.</p>
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		<title>Machiavélique</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Jul 2011 21:34:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>epsys-revue</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Diego Velázquez
María Inés Ferrero]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Diego Velázquez<br />
M</strong><strong>aría Inés Ferrero</strong></p>
<p>“L’environnement est le massage”, attribue-t-on à Marshall McLuhan. « Ils aboient Sancho, signale que nous chevauchons », prête-t-on à Don Quijote de La Manche. « Que briguez-vous de moi ? », dit-t-on que dit Isabel Sarli. « La fin justifie les moyens », aurait dit Nicolas Machiavel. Qu’ont-elles en commun toutes ces phrases ? Oui, vous le saviez déjà : qu’elles n’ont jamais été dites par les auteurs à qui on les a attribuées.</p>
<p>Pour le texte qui nous occupe, nous  prendrons la dernière, pour revoir quelques points de la pensée de Nicolas Machiavel, le théoricien politique de la  renaissance qui eut une grande influence à postériori dans la pensée politique, et dont les idées sont à l’origine de différents  mythes et simplifications.  Aussi, dans le repêchage  de ces lignes centrales de sa pensée, nous étudierons leur vigueur et l’intérêt d’observer de son point de vue quelques uns des récents mouvements de la politique institutionnelle latino-américaine et ses leaders de gauche et centre gauche.</p>
<p>On dit souvent que chez Machiavel on trouve une certaine contradiction entre ses deux principales œuvres : <em>Discours sur la première décennie de Tite Live, et Le Prince. </em>Dans le premier il se déclare partisan de la République, en partant de la supposition que toute communauté a deux esprits à l’opposé : celui du peuple et celui des grands (ceux qui veulent gouverner le peuple), qui sont en constant conflit. Pour Machiavel, le meilleur régime est une République qui arrive à donner  participation, à travers un  bon fonctionnement des institutions, aux deux parties de la communauté pour contenir le conflit politique dans la sphère publique.  Au contraire, dans <em>Le Prince</em> on a tendance à relever une description ironique et dépouillée des vraies pratiques (et non des idéaux) du pouvoir et des gouvernants, avec les conseils destinés à celui qui exerce le pouvoir.</p>
<p>De toute façon, c’est une constante que de placer la catégorie de conflit au centre  pour comprendre  la praxis politique.  De plus, Machiavel n’a jamais cessé de considérer la République comme le système politique possible et souhaitable, bien qu’il ait souligné ses erreurs dans le contexte socio-historique dans lequel il doit penser.</p>
<p>Il est accusé d’une certaine immoralité dirigée vers l’obtention du pouvoir. Mais son contexte et ses idées permettent de penser au pouvoir dans une dimension humaine et historique, ayant des conséquences dans la transformation de la subjectivité des êtres humains.</p>
<p>En ce qui concerne les fondements de ses idées, on peut dire que Maquiavelo veut la République.  Mais il vit la corruption régnante à Florence.  A partir de là, il entend que dans le monde, des états nationaux sont en train de se former et, il voit la nécessité  que le territoire du Prince ne soit pas décimé comme « pays ». Il observe, en se basant sur ses expériences politiques et personnelles,  la nécessité de former un état fort et dur ; c’est-à-dire, avec une entité et une ambition politique d’une puissance transformatrice.</p>
<p><strong>Le changement politique</strong></p>
<p>Machiavel est ainsi le premier auteur qui peut penser le changement politique. Le sujet politique, à partir de lui, ce n’est ni Dieu ni la nature : ce ne sont pas ces entités qui produisent les changements. C’est le sujet humain, celui qui peut produire et qui produit les changements politiques. Par conséquent, il faut prendre garde par rapport aux autres, ne craindre ni Dieu ni la nature, sinon qu’il y a la dimension d’une autre humanité dans sa pensée : c’est l’autre qui peut aussi faire de la politique. Ni Galileo ni Newton n’auront, plus tard dans le temps, expulsé Dieu du discours comme l’a fait Machiavel. Dans ses textes, et nous devons regarder son contexte pour comprendre la valeur de ceux-ci, il ne cite pas Dieu comme acteur possible sur la scène politique. Dieu est le grand expatrié de <em>Le Prince.</em></p>
<p>Les actuels leaderships latino-américains, outres les  exceptions ponctuelles de deux ou trois  pays (ce qui dessine un bloque fort de beaucoup d’Etats nationaux en Amérique du Sud et Centre-Amérique), ils se distinguent par leur orientation sociale, progressiste, de gauche ou de centre gauche (en faisant une synthèse simple). En tout cas, ils ont tous en commun le fait d’être arrivé au pouvoir avec un message rénové, et dans leur praxis, ils n’exécutent pas des programmes néolibéraux  et, ils ne sont pas non plus automatiquement aliénés aux Etats Unis. Ceci, dans la fureur quotidienne des critiques bornées ou « le narcissisme des petites différences », reste parfois obscurcit ou sans éclat en tant que processus transformateur (processus pas seulement discursif mais aussi soutenu par beaucoup d’indices  et cautionné dans beaucoup de manifestations symboliques). Peut être que la différence de ces processus intégrés par rapport à d’autres expériences plus ou moins échouées est, entre autres variables, un mode d’exercer le pouvoir et le leadership, qui- une fois de plus- avec des différences dans chaque pays, exprime un exercice « machiavélique » du pouvoir. Et si l’on ôte à cette expression la connotation que lui octroie le sens commun, cet exercice machiavélique du pouvoir est &#8211; dans le sens sur lequel on travaille- moins l’aberration qu’il signifie pour les secteurs conservateurs, que la vertu qu’il symbolise pour nous, concernant la transformation des conditions de vie de parties importantes des populations américaines. Cette compréhension de l’autre comme acteur politique, permet de situer des acteurs concrets (des monopoles, des corporations, des  secteurs concentrés de l’économie, des moyens de communication hégémoniques et la reproduction d’un imaginaire institué démobilisateur et apolitique), comme ceux devant lesquels il est important d’unifier un Etat fort avec le leadership qui l’incarne.</p>
<p><em>Le Prince </em>est un manuel politique. Machiavel comprend l’histoire non dans le sens d’un passé doré, mais comme une expérience dont on peut apprendre. Dans ce sens, ses idées centrales sont :</p>
<p>1)      La laïcisation de la politique, la subjectivation du sujet politique.</p>
<p>2)      l’idée de chance ou fortune du prince ou leader, ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui le « flair politique », une combinaison de la chance et un savoir-opérer sur la scène.</p>
<p>3)      le pessimisme ou scepticisme  par rapport à la condition humaine ; c’est ainsi qu’il affirme qu’un homme  face au fait d’avoir assassiné son père oublie que c’est l’usurpation du patrimoine. Les événements de décembre 2001 allaient lui donner raison.</p>
<p>4)      une dynamique entre l’amour et la crainte : ses conseils politiques ont eu quelque chose de <em>Psychologie </em> <em>des masses et analyse du Je, </em>quelques siècles auparavant. Il soutient qu’il est bon pour un prince d’être aimé et craint, mais comme l’amour est volatile (nous pourrions dire que c’est un lien libidineux qui peut se déplacer), il vaut mieux être craint.</p>
<p>Seulement 20 ans après la découverte de l’Amérique, tout ceci fait la subjectivité de l’Etat et de l’homme moderne, dans le contexte de la reconquête espagnole et l’expulsion des maures (l’unification de l’Espagne l’alerte pour ses écrits), en tant que marque de l’identité espagnole au même registre que la langue. Pour Machiavel, il faut créer une mystique de ce qui est souverain. A travers l’amour au Prince et non du totalitarisme.</p>
<p>Le mythe de l’ « immoralité » de Machiavel, son exaltation du manque de scrupules, la transformation de son nom de famille en adjectif (« machiavélique »), et le rendez-vous manqué de sa phrase jamais prononcée (celle déjà citée « la fin justifie les moyens »), peut être ne répond-t-elle pas seulement à la simplification de la pensée —manœuvre si habituelle avec tant d’auteurs abandonnés par les modes— mais aussi aux besoins de certains secteurs (politiques, de la nommée opinion publique, ou de certains moyens de communication qui ne s’intéressent pas aux chemins qu’ils empruntent pour atteindre leurs fins) de soutenir un autre mythe. Le mythe d’une politique pure ou d’une pureté politique, qui nie la notion centrale de conflit comme corpus de pensée comme le marxisme et la psychanalyse. Et qui pour autant, discrédite tout penchant à gauche d’un agenda politique  (la conjoncture continentale que nous vivons), d’un résultat électoral, ou des politiques actives concrètes de l’Etat, en quête d’une idéalisation politique « honnête » et pure, peu plausible et qui n’enregistre pas ou ne produit pas des changements dans  l’existence des êtres humains à un quelconque degré de leur dénigrement.</p>
<p>Par sa fonction d’analyste, Machiavel, conseiller et précurseur, d’une certaine façon, des enquêteurs et conseillers contemporains, souligne et hiérarchise peut-être sans le savoir, la fonction des techniciens tant injuriés par les secteurs cités, comme s’il s’agissait d’un corps oiseux de la bureaucratie politique.</p>
<p>Bref, machiavélique n’est pas la méchanceté que le conservatisme veut dans la pratique politique, mais —justement— l’exaltation de la politique comme pratique humaine.</p>
<p>Par la gentillesse de <a href="http://elpsicoanalitico.com.ar/"><em>El psicoanalítico</em></a></p>
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		<title>Anthropologie évolutive du développement</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Mar 2011 00:04:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>epsys-revue</dc:creator>
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		<category><![CDATA[développement]]></category>
		<category><![CDATA[evolution]]></category>

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		<description><![CDATA[Juan Carlos Zavala Olalde
Maître d’anthropologie. Professeur d'évolution. Faculté de sciences, UNAM (Mexique)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Juan Carlos Zavala Olalde</strong><br />
Maître d’anthropologie. Professeur d&#8217;évolution. Faculté de sciences, UNAM (Mexique)<br />
<span id="more-122"></span><em><strong><br />
Maintenant cet article est disponible seulement en langue espagnole. <a href="http://www.eepsys.com/es/antropologia-evolutiva-del-desarrollo">Tapez ici</a></strong></em></p>
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		<title>Le Psychiatrique, l&#8217;Enfance et la Psychanalyse. Territoires de fiction (1)</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Feb 2011 22:45:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>epsys-revue</dc:creator>
				<category><![CDATA[articles]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[hôpital]]></category>
		<category><![CDATA[institution]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>
		<category><![CDATA[psychiatrie]]></category>

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		<description><![CDATA[Alberto Sanen Luna
Psychanalyste, professeur de l'Université Insurgé. Assigné à l'Hôpital Psychiatrique Infantile "Dr. Juan N. Navarro" (Mexique)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alberto Sanen Luna<br />
</strong>Psychanalyste, professeur de l&#8217;Université Insurgé. Assigné à l&#8217;Hôpital Psychiatrique Infantile &laquo;&nbsp;Dr. Juan N. Navarro&nbsp;&raquo; (Mexique)<strong><br />
<span id="more-91"></span></strong><em><strong></strong></em></p>
<p><em><strong>Maintenant cet article est disponible seulement en langue espagnole. <a href="http://www.eepsys.com/es/el-psiquiatrico-la-infancia-el-psicoanalisis">Tapez ici</a></strong></em></p>
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		<title>Apports de la psychologie dans la publicité : quel impact  sur le comportement d’achat des consommateurs ?</title>
		<link>http://www.eepsys.com/fr/apports-psychologie-dans-publicite-impact-sur-comportement-achat-consommateurs/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Feb 2011 11:34:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>epsys-revue</dc:creator>
				<category><![CDATA[articles]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[publicité]]></category>

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		<description><![CDATA[Romain Cally 
Docteur en Sciences de Gestion, spécialité Psychologie du consommateur (Marketing). Franco-Australian Centre for International Research in Management.Université de La Réunion]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Romain Cally *</strong><br />
Docteur en Sciences de Gestion, spécialité Psychologie du consommateur (Marketing). Franco-Australian Centre for International Research in Management. Université de La Réunion.</p>
<p><span id="more-68"></span><strong>Résumé</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>La psychologie du consommateur est une discipline dont l’objectif est de comprendre et d’influencer le comportement d&#8217;achat individuel. En marketing, pour accroître les ventes d’un produit, les professionnels adoptent un certain nombre de techniques psychologiques. Bien souvent, l’individu est incité à acheter, car l’environnement et les signaux que lui envoient les marketers finissent par le persuader de le faire. Vendre c’est avant tout convaincre psychologiquement un individu d’acheter.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Mots-clés :</strong> psychologie du consommateur, marketing, dissonance cognitive, réactance psychologique, prix psychologique, renforcement psychologique, narcissisme.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Abstract</strong></p>
<p>The goal of consumer psychology is to understand and influence individual behavior. In marketing, to increase sales, professionals adopt a lot of psychological processes. Often, the individual are influenced to buy, because the environment and the signals it receives from marketers eventually persuaded to him. Selling is primarily psychologically convincing someone to buy.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Keywords: </strong>consumer psychology, marketing, cognitive dissonance, psychological reactance, psychological reinforcement, psychological price, narcissism.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Introduction </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>A partir du moment où nous<strong> </strong>allumons la télévision, la radio, allons au cinéma, nous connectons sur le « <em>Web</em> », faisons nos courses dans un centre commercial, ou encore lorsque nous nous promenons simplement dans la rue, nous sommes envahis par une multitude d’images, de slogans, de musiques et de publicités relatives à des marques commerciales. On peut alors s&#8217;interroger : Est-ce que ces images, ces slogans, ces messages publicitaires ont réellement un impact sur notre jugement et à fortiori sur notre comportement d’achat ?</p>
<p>La publicité vise généralement une mémorisation non spontanée, mais assistée. C’est-à-dire que le <em>« souvenir inconscient »</em> de la publicité est censé se réactiver lors d’une situation d’achat, que ce soit dans un rayon de supermarché ou encore sur une plate-forme de commerce en ligne (Bénilde, 2008).</p>
<p>Dans le présent article, nous allons proposer un aperçu des principaux procédés psychologiques utilisés en publicité et en comportement du consommateur. Nous allons montrer comment les marketers mobilisent la <em>psychologie</em> pour affiner des stratégies dans le but d’influencer l’achat de produits.</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong>L’anxiété des individus face à la mort</strong></p>
<p>En marketing, rares sont les études qui ont abordé ce thème. L’idée de la mort suscite, naturellement, de l’anxiété chez tous les individus, car <em>« elle est la conscience d’un néant inconcevable »</em> (Sillamy, 2003). On peut définir <em>« l’anxiété face à la mort »</em> (AFLM) comme <em>« l’ensemble de réactions affectives négatives, d’intensité variable, provoqué par des idées conscientes et non conscientes relatives à la disparition de soi »</em> (Urien, 2003). Les théoriciens de l’AFLM, insistent particulièrement sur trois mécanismes symboliques qui permettent de soulager cet état psychique :</p>
<p>1)       <em>La préservation physique de soi </em>: elle se manifeste par un désir de se préserver au maximum et de se préoccuper constamment de sa santé.<br />
2)       <em>L’extension de soi </em>: il s’agit de prolonger son « soi » au-delà de la mort physique.<br />
3)       <em>L’augmentation de l’estime de soi</em> : c’est-à-dire en adoptant des comportements culturels valorisés.</p>
<p><em>La préservation physique de soi </em>fait globalement référence à une vigilance accrue à l’égard des aliments qu’on consomme, mais également à l’utilisation de certains produits qui « prolongent » la vie. Parmi les entreprises florissantes sur le marché, nous pouvons citer l’industrie pharmaceutique et alimentaire. Au-delà des <em>« produits anti-âge »</em> du type DHEA, Mélatonine, Hormones de croissance,<em> </em>etc. Certains aliments de consommation courante peuvent influer avantageusement sur une ou plusieurs fonctions cibles de l’organisme humain et font l’objet d’une attention particulière de la part des marketers. En <em>Marketing-Santé, c</em>es aliments sont nommés <em>« aliments fonctionnels</em> » (ou « <em>nutraceutiques </em>» ou encore « <em>alicaments</em> » [1]). La plupart des linéaires des grandes surfaces offrent de nos jours une large gamme de produits de ce genre (i.e. anti-oxydants, oligo-éléments, aliments enrichis en Oméga-3, au bifidus actif, etc). La <em>« préservation physique de soi »,</em> comme nous le constatons, est un mécanisme amplement utilisé par les professionnels du marketing. Le marché des <em>« alicaments »</em> en est l’exemple incontestable, en forte expansion, l’offre de produits ne cessent de croître d’années en années.</p>
<p><em> </em></p>
<p><em>L’extension de soi </em>fait globalement référence à l’intérêt des individus à prendre soin des générations futures. Cet intérêt pour ses <em>descendants</em> peut être considéré comme une variable médiatrice et se présente comme une façon de prolonger les limites de son existence au-delà de la mort. Outre les produits qualifiés de <em>« fin de vie »</em> (i.e. testament, assurance décès, assurance-vie, achat de cercueils, etc.), les professionnels commencent à offrir des produits et services permettant de satisfaire une demande particulière liée au prolongement de la vie. Par exemple, certaines sociétés américaines comme <em>« Card From Beyond » </em>ou<em> « Loving Pup Inc »</em> donnent la possibilité à leurs clients d’envoyer, après leur décès, des cartes à leurs proches, ou encore des courriers électroniques (cf. Urien, 2003). Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des campagnes publicitaires se positionner sur un <em>plan écologique</em> dans le but de se forger un « capital sympathie » auprès des <em>« éco-consommateurs »</em>. Ces préoccupations environnementales prônées à longueur de journée dans les médias d’informations sont relayées et récupérées par les publicitaires dans une optique de vente. C’est le cas, aujourd’hui, de la plupart des annonceurs dans le secteur automobile qui promeuvent prioritairement les caractéristiques écologiques des voitures (par exemple,<em> Renault</em> a lancé une signature écologique pour des véhicules <em>écologiques et économiques</em> sous le nom de <em>« Renault Eco2 »)</em> ou le suggère tout simplement à l’aide d’un slogan (par exemple, la marque<em> Volvo </em>avec le slogan <em>« la nature est si belle » </em>ou <em>Volkswagen</em> avec <em>« On rejette suffisamment de CO² comme ça ! »</em>). Ces diverses stratégies permettent de jouer sur la fibre écologique et de cibler une catégorie spécifique de clients sur le marché.</p>
<p>Selon Solomon, Greenberg et Pyszczynski (1991), l’AFLM serait également réductible par une augmentation de <em>« l’estime de soi ».</em> Tomer et Grafton (2000), ont montré que la dévotion religieuse (la prière, la lecture de texte religieux, suivre la messe, se confesser, aller à la mosquée, aller au temple, etc.) constituait une source de compréhension du sens de la mort et permettait ainsi d’atténuer l’AFLM.</p>
<p>Au-delà des croyances religieuses, l’accumulation de possessions matérielles prestigieuses et/ou luxueuses (comme l&#8217;achat de voitures, bijoux, biens immobiliers, etc) permettrait également à l’individu de soulager cette AFLM. Comme le souligne Mc Mahon (1995), <em>« le modèle linéaire occidental est orienté vers la réussite. Dans le cadre de ce modèle, la réussite se définit par l’accumulation de biens matériels ou l’obtention d’un statut élevé »</em>. Suivant ce modèle, le fait d’acquérir ces produits ostentatoires de luxe, va donner à l’individu l’impression d’atteindre non seulement un niveau de réussite, mais aussi<em> « une forme d’immortalité symbolique ». </em>Ces divers achats seraient autant de symboles tangibles de « statuts », permettant à l’individu de se valoriser et ainsi d’augmenter l’estime qu’il a de lui-même, réduisant par là même son AFLM (Urien, 2003).<em> </em>Par ailleurs, les marketers peuvent créer artificiellement des situations d’anxiété dans le but d’accroître les ventes de produits (ou de services) et favoriser les intentions d’achat (Mandel et Heine, 1999). Par exemple, il est courant aujourd’hui de voir à la télévision durant (ou juste après) des films particulièrement morbides (ou violents), ou lors d’émissions relatant des événements liés à la mort (i. e. catastrophes, attentats terroristes, guerres, génocides, etc), des annonces publicitaires pour des marques de luxe (voitures prestigieuses, bijoux, etc) ou encore pour des voyages, avec l’idée sous-jacente de calme, d’évasion, de liberté, etc.</p>
<p>Outre la réussite sociale affichée par des symboles tangibles de statut, « <em>l’amélioration de l’estime de soi »</em> peut être atteinte différemment. Par exemple, certaines personnes adoptent des comportements qui leur permettent d’augmenter l’estime d’eux-mêmes et ceci au « <em>péril</em> <em>de leur propre vie </em><em>»</em><em> </em> (Urien, 2003). Ces comportements paradoxaux prennent le plus souvent l’aspect des conduites dangereuses, de prises de risques inconsidérées (courses de voitures illégales, drogues, placements boursiers risqués, etc), voire à participer à des activités sportives extrêmes (Saut en ski, saut en parachutes, l’escalade, etc), lesquelles permettent à ces individus d’atténuer indirectement leur AFLM. L’activité sportive doit ainsi être perçue comme périlleuse, effrayante et surtout risquée par les consommateurs. Souvent ce type d’animation est accompagné de titres accrocheurs comme <em>« le grand frisson », « le grand saut », le « grand Raid », « le grand 8 </em>», etc. Les parcs d’attractions, pour ne citer que cet exemple, utilisent habilement ces procédés en faisant l’éloge du danger et/ou de la témérité pour attirer les clients. Ainsi, plus l’activité paraîtra dangereuse, paradoxalement, plus elle attirera les amateurs en quête de sensations fortes (ces derniers souhaitant se dépasser en cherchant à se valoriser soi-même et/ou par le regard des autres).</p>
<p>Cependant, à un degré moindre, la simple prise de décision d’achat peut également être une source d’anxiété, plus précisément de <em>« dissonance cognitive »</em> pour l’acheteur.</p>
<p><strong>La dissonance cognitive liée à un achat<br />
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<p>C’est un concept proposé par Léon Festinger (1957) pour désigner le malaise psychique dû au fait que l’on est partagé entre deux ou plusieurs idées contradictoires. Cette dissonance peut se définir comme: <em>« l’existence simultanée d’éléments de connaissance qui d’une manière ou d’une autre ne s’accordent pas (dissonance), entraîne de la part de l’individu un effort pour les faire d’une façon ou d’une autre mieux s’accorder (réduction de la dissonance) » </em>(Festinger et Aronson, 1965).</p>
<p>En règle générale, l’individu a besoin de cohérence logique et d’harmonie affective, mais il arrive que cette harmonie soit perturbée par des événements et des situations imprévus. Par exemple, un individu peut hésiter entre deux produits/marques, finalement acheter l’un des produits/marques et regretter ensuite cet achat (car il a des doutes, est-ce le meilleur  dans la catégorie ? L’autre est moins cher ? Me valorise-t-il auprès des experts gravitant dans mon environnement proche ? etc.) : il est alors dans une situation dite de <em>« dissonance cognitive ».</em> Ce dernier va donc tenter de réduire cette dissonance, ce malaise psychique et cela en recherchant un avis positif qui va conforter sa prise de décision (cf. Vaidis et Halimi-Falkowicz 2007). Ainsi, il va/peut : 1) soit justifier son comportement (ou sa croyance) en ajoutant des éléments descriptifs (i. e. rationalisation cognitive [2]) ; 2) soit il va dévaloriser l’attitude qu’il avait initialement à l’égard de ce comportement (i.e. <em>« trivialisation »</em>) ; et enfin, 3) il peut/va s’entourer de personnes qui adhèrent à son point de vue, à son acte (i. e. recherche de support social). Toutes nos décisions d’achat sont donc plus ou moins <em>« dissonantes »</em> et nous nous accommodons de cet état psychologique [3], amplement aidé il est vrai par les experts du marketing. L’ensemble des méthodes utilisées dans la vente participe à des degrés divers à cette réduction<em> </em>de la <em>« dissonance cognitive »</em> : un rabais, une remise, une promotion donne l’impression de <em>faire une bonne affaire</em> ; un slogan du type <em>« pourquoi se priver ? »</em> ou <em>« réalisez vos rêves dès maintenant ! »</em> sur une affiche aide à la <em>« trivialisation »</em> du comportement ; la garantie <em>« satisfait ou remboursé  » </em>[4] ; la possibilité de mensualiser ses achats ou de bénéficier de cadeaux à l’aide de cartes de fidélité donne une facilité et une opportunité à l’acheteur, laquelle peut favoriser la <em>« rationalisation cognitive ».</em><em> </em></p>
<p>L’univers marketing et l’omniprésence de la publicité offrent aux acheteurs, de multiples arguments pour réduire la <em>« dissonance cognitive »</em> éventuelle après achat. Lorsque celle-ci est suffisamment amoindrie, on peut dire que l’effet psychologique a convenablement fonctionné.</p>
<p>Les publicitaires et les vendeurs ont donc pour objectif de rassurer les consommateurs sur la pertinence de leurs choix. Jouer sur la <em>suggestibilité</em> des consommateurs/acheteurs<strong> </strong>est un moyen supplémentaire de le faire.</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><strong>La suggestion et l’identification dans la publicité</strong></p>
<p>Il suffit qu’une célébrité/star recommande un (nouveau) produit pour que les ventes augmentent sensiblement. L’une des raisons ? Les consommateurs subissent la suggestion du <em>prestige</em> de « l’ambassadeur de la marque ». Les marketers le savent et utilisent ce mécanisme dans leurs publicités. En 1999, le couturier J. Paul Gauthier a récupéré l’image de <em>« Che Guevara »</em> pour vendre des lunettes de soleil (cf. Benilde, 2008). En 2010, la marque <em>Nespresso</em> utilise l’image de l’acteur G. Clooney pour promouvoir son café. Ou encore, la marque<em> Caron </em>avec le rugbyman S. Chabal en 2009 (cf. image 4). Tout le monde est potentiellement suggestible, mais les enfants, les adolescents, voire les individus naïfs le sont généralement plus que les autres. L’immaturité affective, l’émotivité, ou encore la déficience intellectuelle favorisent la suggestibilité. Par exemple, Engels et al (1999) ont montré que pour les jeunes, le fait de voir des stars de cinéma consommer de l’alcool dans un film les encourageait à boire.</p>
<p>Selon Daco (2008), la suggestion est un <em>« fait accepté par autrui sans raisonnement ni discussion. Ce fait est immédiatement considéré comme une vérité. Le fait s’adresse à l’inconscient ».</em> La suggestion est donc une idée introduite dans le cerveau et acceptée par l’individu. Elle vise principalement à (re)créer une impulsion non consciente, d’où résultera une (ré)action. Prenons l’exemple d’une personne qui après avoir visionné un épisode de la série américaine <em>« Dr. House M. D. »</em> joue (momentanément) à être le héros de la série : il devient Gregory House ; il parle comme lui ; marche comme lui ; il se sent intelligent, génial, désinvolte, arrogant, cynique, etc. Cette personne est suggestionnée<em> </em>et ce personnage fictif a réveillé en lui un sentiment inconscient : <em> </em><em>« </em><em>le sentiment de la force qu’il désire, en opposition de sa faiblesse ».</em> Les <em>« </em>ambassadeurs de marque <em>» </em>sont habituellement des personnages célèbres, car ils véhiculent une image singulière, une individualité et des <em>« </em>valeurs<em> »</em>. Leur utilisation en publicité fournit ainsi un cadre de référence et des points de comparaison à travers lesquels l’individu évalue une attitude ou un comportement et prend une décision (Kamins, 1990).</p>
<p>En utilisant l’image de cet acteur, les publicitaires souhaitent éventuellement activer ce processus d’identification à la personnalité (cf. image 1). Car, ils pensent et espérent que les « caractéristiques » du personnage sont transférables à la marque.</p>
<p>Mais en réalité, ce n’est pas la publicité qui a précisément suggestionné l’individu, elle n’a fait qu’activer le mécanisme et<em> </em>l’<em>autosuggestion</em> de ce dernier a fait le reste. La publicité a (éventuellement) généré un désir, lequel a produit une action et donc en marketing, un comportement d’achat. Dans notre exemple, lors de l’interprétation de la publicité, l’individu fait d’abord intervenir la <em>« projection » </em>[6]<em>.</em> Elle est en œuvre dès que l’on regarde une image et fournit généralement l’effet conatif (c’est-à-dire l’intention comportementale). L’individu fait ensuite intervenir <em>« l’identification » </em>[7]. Cela consiste à donner au consommateur <em>« l’impression de se reconnaître »</em> dans des situations, des personnages, voire des comportements (très) avantageux, pour qu’il ait envie de s’identifier/ressembler à cette représentation imaginaire. Que fait finalement la publicité ? Elle sonde, elle active, elle pousse l’idée inconsciente, jusqu’à ce que le sujet passe à l’autosuggestion et donc à <em>« l’identification ».</em> Le consommateur est « concentré » sur cette publicité, plus que les autres, car ce personnage représente quelque chose de particulier/spécifique pour lui. L’achat du produit n’est bien sûr pas automatique, mais sa probabilité d’achat peut s’accroître, surtout si le consommateur n’a pas d’expérience négative avec le produit promu. Toutefois, comme le rappelle Daco (2008), <em>« la suggestion normale a des effets temporaires, parce qu’elle dépend d’un état temporairement déficient ». </em>Cet <em>« état déficient »</em> est exactement ce que recherchent et souhaitent activer les marketers, car ils savent que c’est une situation qui ne s’installe pas dans la durée.</p>
<p>Outre la suggestion provoquée par la seule publicité, les consommateurs peuvent être encouragés à se comporter différemment en fonction de l’environnement et de la situation d’achat. Par exemple, en marketing, la <em>foule</em> a un effet psychologique sur les attitudes des individus.</p>
<p>Selon Freud (1921), <em>« la foule ressemble à un état hypnotique par la nature des instincts qui en assurent la cohésion et par la substitution de l’objet à l’idéal du moi ; mais, dans la foule, s’ajoute à tous ces traits, l’identification de chaque individu avec tous les autres, identification qui, primitivement, a peut-être été rendue possible, grâce à la même attitude à l’égard de l’objet ». </em>La foule permet également à un individu de se rassurer, car en général, ce dernier a une réflexion assez simple : <em>« s&#8217;il y a du monde c’est que c’est intéressant et que c’est bon ». </em>Mais surtout, le fait d’être dans une foule peut nous amener à adopter des comportements particuliers, car elle risque d’entraîner chez les individus une perte de leur identité personnelle, de leur individualité, par un affaiblissement de la conscience de <em>« soi »</em> : c’est ce qu’on nomme la « <em>désindividuation »</em> (Festinger, Pepitone et Newcomb, 1952). Dans cette situation, le consommateur est moins discipliné et contrôle moins ses actions. Lesquelles sont fortement affectées par les sollicitations immanentes de la situation et surtout de ce que font les autres autour de soi. Tout se passe un peu comme si les gens <em>« négligeaient » </em>leurs propres valeurs et perdaient le contrôle d’eux-mêmes (Prentice-Dunn et Rogers, 1989). Le fait de se sentir anonyme est la condition qui favorise le plus cet état de « <em>désindividuation »</em>. Cependant, comme le rappelle Dion (2000), la foule est <em>« perçue comme un élément indomptable et capricieux. En effet, la foule attire et repousse à la fois »</em>. Aussi, un espace commercial qui attire énormément de personnes est perçu comme un lieu dynamique, à la mode, animé, vivant voire bon marché. Mais la foule, peut aussi gêner, angoisser, stresser et même faire fuir, car en fonction de l’affluence, l’effet psychologique positif peut s’inverser et engendrer un effet similaire à la <em>claustrophobie</em>, défavorable à l’attractivité du point de vente.<em> </em>Ainsi lorsqu’il y a beaucoup de monde dans un magasin, les clients/acheteurs sont davantage stimulés que dans un magasin vide, <em>« ils ont l’impression de ne pas pouvoir se déplacer facilement et d’être confinés et entassés. Ils sont moins à l’aise et moins satisfaits ; leur insatisfaction est d’autant plus forte que les clients poursuivent un objectif particulier, qu’ils sont pressés et que leur achat est risqué. Aux heures de pointes, les clients sont moins contents, plus pressés et plus énervés ; ils ont moins confiance en eux, sont moins sûrs de leurs achats et évaluent négativement le magasin »</em> (Dion, 2000).</p>
<p>Cependant, la foule n’a pas besoin d’être physiquement présente, elle peut tout simplement exister dans l’esprit des individus, il suffit de créer une sorte de <em>« mimétisme collectif »</em>. Pour relancer l’envie individuel, rien de mieux que d’éveiller le désir mimétique. D’où ces innombrables slogans clamant que tous les êtres normaux <em>font comme cela</em>, que tout le monde rêve de cette consommation, que nous sommes dans l’ère de tel ou tel produit (i.e. iPhone, iPad, Playstation, etc), qu’il faut donc mimer telle ou telle tendance (regarder telle série TV, s’inscrire sur tel site Internet comme « Facebook », « Twitter », « msn », etc).</p>
<p>Bien souvent, chez l’individu, le <em>« conformisme social »</em> est le moyen de conserver/préserver une sécurité : certaines personnes suivent la mode, non par plaisir, mais uniquement pour ne pas se faire remarquer, pour se <em>« fondre dans la masse »</em> voire pour s’intégrer dans un groupe. Le conformisme aurait ainsi tendance à nous rendre aveugle. C’est ce qu’on appelle le <em>« mimétisme normatif » </em>[8] ou en marketing, <em>« l’effet d’entraînement » </em>[9] (cf. Desmet et Zollinger, 1997). Ce mimétisme a été démontré par Asch en 1951 dans une expérience, qui prouve le pouvoir du conformisme sur les décisions d’un individu au sein d’un groupe. En 1970, Costanzo, a prouvé que la pression de conformité était maximale surtout chez les adolescents [10]. Pas étonnant alors, de voir que certaines <em>modes éphémères</em> concernent en général, une classe d’âge plutôt jeune. Des études ultérieures (cf. Wilder, 1977), ont prouvé que la pression de conformité a tendance à augmenter avec l’importance du groupe [11].</p>
<p>Toujours sur le thème du conformisme, les hommes du marketing savent également utiliser une « pression de conformité » existante dans la société, pour la diriger efficacement vers l’achat d’un produit spécifique.</p>
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<p><strong>Complexe humain et marketing-santé</strong></p>
<p><em>« Si je perdais du poids, je serais sûrement plus séduisant(e), je serais en meilleure forme, j’aurais plus confiance en moi ! ».</em> Beaucoup de femmes (et d’hommes) se reconnaîtront dans ces propos et partagent cette obsession de la minceur. Obsession favorisée et véhiculée par les médias (en faisant l’éloge du corps mince, sportif, beau, parfait, etc). Pour vendre un <em>produit « diététique »,</em> les mots les plus réducteurs de <em>l’anxiété face au poids</em> sont généralement <em>« minceur », « ligne »</em> et<em> </em>surtout<em> « santé »</em>. Quand on regarde attentivement les slogans publicitaires, on ne parle jamais <em>« d’amaigrissement »</em>, car la <em>« maigreur »</em> possède une connotation pathologique, on lui préfère les mots <em>« amincissement »</em> et <em>« minceur »,</em> plus en accord avec les attentes de la société (pour les produits minceurs, les publicitaires jouent sur les tensions internes ou le mal-être du consommateur, avec des argumentaires du type : « Je peux me faire plaisir tout en maigrissant » ; « Je peux avoir des résultats rapides et sans efforts ». Les marketers ciblent le complexe lié au physique des clients (i. e. le surpoids) lequel est généré par un sentiment d’infériorité (et donc de souffrance pour la personne complexée). Ce sentiment d’infériorité est donc le critère sur lequel va se baser le message publicitaire. Cette <em>« souffrance »</em> est liée aux émotions négatives ressenties par la personne, mais aussi et surtout, par l’impact du complexe sur les relations avec les autres. Le <em>« sentiment d’infériorité »</em> se pose généralement en empêcheur de trouver sa place parmi les autres, en empêcheur <em>« d’être aimé »</em> et créé ainsi un complexe par rapport aux autres personnes perçues alors comme <em>« normales ».</em> Cette caractéristique déplaisante chez le sujet doit donc être compensée ou tout simplement annihilée. L’activation d’un complexe <em>« correspond à un abaissement du niveau mental. La personnalité tombe d’un état conscient actif dans un état passif ou elle est en proie à une possession »</em> (Pellemans, 1998).  Le Marketing-Santé profite de cet état d’insuffisance et accroche les clients souffrant de ce complexe en leur proposant un produit conforme à leurs attentes et désirs. Mais pour accentuer la vente, l’accroche doit être percutante et persuasive. Par exemple, la formulation qui fait grand bruit dans le milieu des <em>« produits minceurs »,</em> car captive directement l’attention est incontestablement : <em>les brûleurs de graisse </em>[12] (cf. image 2).</p>
<p>En effet, grâce à cette métaphore, on rappelle dans l’imaginaire [13] de l’individu : la sanction du <em>« bûcher »</em> sous l’inquisition. Le <em>« bûcher »</em> était, au sens religieux, conçu comme une <em>« flamme bénie »</em> ayant un aspect purifiant. Cette image où l’objet <em>« ensorcelé »</em> doit être assaini n’est plus physiquement un <em><em>« </em>hérétique <em>»</em></em>, mais métaphoriquement, cette graisse gênante et créatrice du mal-être et du complexe de l’individu. La graisse ne doit pas être seulement réduite, elle doit être détruite et cela par un symbole profond, chargé d’émotions : le <em>feu</em>. Dans l’image 2, le mot <em>«</em><strong> </strong><em>feu </em>»<em> </em>n’est pas formulé directement mais il est suggéré dans la formulation <em>« brûleur de graisse</em> » et visible grâce à l’image publicitaire. La métaphore peut être utilisée pour faciliter la compréhension d’une idée forte (perdre du poids) et/ou pour souligner une caractéristique du produit (réducteur de graisse). Elle n’est pas utilisée pour justifier le concept, mais pour l’illustrer (Capelli et Pantin-Sohier, 2004). Examinons l’image 2 de plus près : une femme au corps mince (dont la posture évoque le supplice du bûcher), est <em>« irradiée »</em> par une flamme. La superposition flamme/femme traduit l’effet du produit sur le corps. Cette image visuelle est unie à une <em>image mentale</em> générée par la formulation <em>« brûleur de graisse ».</em> Selon Filser (1994), les images mentales sont <em>« un ensemble d’images internes qui sont la reproduction ou la représentation mentale d’une perception ou d’une impression antérieure, en l’absence de l’objet lui ayant donné naissance, cet objet pouvant être une chose, une personne, un concept ». </em>Dans notre exemple, cette dernière possède une force et une radicalité qui convient au produit qui est à vendre. Le désir naît de la frustration, <em>« je désire maigrir au plus profond de moi et cela radicalement/rapidement si possible », </em>la métaphore est en cohérence avec ce désir et motive mon intention d’acheter. Plus la société et les médias renforceront cette obsession du <em>corps mince</em> et donc quelque part un <em>« idéal du moi » </em>[14], plus la publicité sur ce type de produits sera efficiente. Au final, plus la société encouragera des « complexes », plus elle créera des désirs chez les consommateurs, des désirs conscients mais aussi inconscients.</p>
<p>En général, plus un produit fait appel aux désirs inconscients, plus l’intérêt du consommateur augmente pour ledit produit, surtout si ces désirs sont d’ordre sexuel (Pellemans, 1998).</p>
<p><strong>Le Sexe dans la publicité</strong><strong> et désirs inconscients </strong></p>
<p>Selon Freud, la sexualité influe sur l’ensemble de nos pensées et de nos actions. Il existe plusieurs façons de l’évoquer en marketing et dans la publicité, par exemple : 1) sous la forme d’un produit (barre chocolatée ou une glace en cornet/symbole phallique) ; 2) sous la forme d’un packaging (par exemple, bouteille d’eau avec bouchon gourde/sensation <em>de la tétée</em>) ; 3) par le biais de personnages sexuellement attirants (ou simplement par des attributs morphologiques humains). Certains slogans de marques peuvent être plus ou moins associés à l’érotisme sans même que nous en ayons conscience (comme <em>« brûler d’amour »</em> de la marque <em>Aubade</em>, <em>« rugir de plaisir »</em> de la marque <em>Lion</em> ; un <em>« café nommé désir »</em> de <em>Carte Noire</em> ou encore <em>« De l’amour à croquer »</em> de la marque <em>BN</em>).</p>
<p>On peut dire que les publicitaires ont tendance à renforcer dans leurs annonces cette relation entre <em>« pulsion sexuelle »</em> et <em>« pulsion d’achat ».</em> Il n’est pas rare de voir aujourd’hui sur certaines affiches publicitaires une femme <em>« sexy »</em> posée à côté d’une belle automobile ; un homme <em>« viril et costaud »</em> promouvoir un parfum (cf. image 4), ou encore un animal associé à une marque de sport, etc.</p>
<p>Comme le soulignent Endres et Hug (2004), l’utilisation de « <em>sex appeal dans les images de publicité parait innocente. Or celles-ci sont souvent remplies d’associations complexes liant la sexualité, les genres et les biens de consommation ».</em> Les marketers recherchent des voies singulières et originales pour dissimuler les pulsions que les consommateurs pourront satisfaire et cela d’autant plus volontiers qu’elles seront déguisées (i. e. « principe de complication<em> »</em>). L’utilisation du sexe dans la publicité est très répandue dans la société, elle est utilisée surtout pour attirer et capter l’attention du consommateur/acheteur.</p>
<p>Les publicités sexuelles font bien évidement appel aux pulsions et fantasmes sexuels et rentrent ainsi dans la catégorie des publicités suggestives (cf. supra). La notion de <em>« fantasme », </em>de scénario imaginaire d’accomplissement d’un désir inconscient est un terreau fertile pour les publicitaires. Endres et Hug (2004) avec la publicité de la marque <em>Contrex </em>nous en donne un exemple (cf. image 3). On peut y voir la silhouette transparente d’un corps féminin de dos, des omoplates au haut du fessier. On retrouve sur ce corps les <em>« spirales »</em> caractéristiques de la bouteille, laquelle est montrée sur la droite. Deux images ont été mélangées, celle de la femme et celle de la bouteille d’eau minérale. Les reflets et les couleurs font penser que le corps est formé de plastique et d’eau. On ne distingue ainsi plus le corps de l’objet, le corps est dénaturé afin de faire converger la silhouette avec l’effet amincissant de la marque d’eau. Le publicitaire cherche donc <em>« à montrer l’effet du produit sur le corps plus que d’ajouter simplement de la nudité à l’image pour attirer le regard »</em> (Endres et Hug, 2004)<em>. </em></p>
<p>Ces allusions sexuelles ne doivent cependant pas offenser la moralité [15], car elle deviendrait une violation du <em>« principe de complication » </em>[16] (Pellemans, 1998).</p>
<p>Dans la pensée freudienne, l’être humain est une sorte de « pervers polymorphe » et serait par essence voyeur et sadique. Il nous suffit de voir, le nombre de <em>« télé-réalités »</em> créées depuis une dizaine d’années par les chaînes de TV, les magazines dits <em>« peoples »</em> disponibles en kiosques ou encore la multitude de livres autobiographiques de célébrités ou encore de stars déchues. Ainsi, ces <em>« peoples »</em> qui aiment raconter leur vie, leurs problèmes sentimentaux, leurs rapports amoureux (et sexuels), leurs difficultés, leurs histoires loufoques ; pratiquent l’introspection tout en permettant aux lecteurs d’entrer au plus profond de leur intimité. Ils permettent à ces derniers de <em>« vivre »</em> quelque part leurs expériences (comme une sorte de thérapie collective) et d’assouvir leur penchant <em>« voyeur ». </em>Le sensationnel plaît, ce marché de l’offre (i. e. exhibitionnisme) et de la demande (i. e. voyeurisme) est particulièrement dynamique dans notre société. C’est un cercle vicieux, car si <em>l’exhibitionniste existe, c’est bien parce que des voyeurs regardent. </em>Cependant, on peut se demander, où commence l’exhibitionnisme ? à partir du moment où j’achète une belle voiture, une belle montre, de belles chaussures, un beau costume, une marque de luxe…n’ai-je pas envie que l’on me voit avec ? C’est bel et bien, pour <em>« s’afficher »</em> qu’on achète une marque prestigieuse ou à la mode. Au final, nous sommes tous plus ou moins habitués à cet univers du <em>« paraître », </em>du<em> « m’as-tu vu ? », </em>car acheter une marque renommée, permet de retirer du plaisir à travers le regard des autres.</p>
<p>Freud (1915) montre d’ailleurs que les pulsions qui ont pour but <em>« regarder et se montrer »</em> peuvent être représentées par le processus suivant (nous prendrons l&#8217;exemple de<strong><strong> </strong></strong> la marque <em>Wonderbra</em>) :</p>
<p>1)       <em>Regarder</em> comme <em>« activité »</em> dirigée sur un objet étranger : ici regarder un mannequin féminin, prenant une pose érotique et portant le sous-vêtement de la marque <em>Wonderbra </em>(cf. image 3). Ainsi le plaisir de <em>regarder</em> est actif, c’est-à-dire le voyeurisme.</p>
<p>2)       Abandon de l&#8217;objet, retournement de la pulsion de <em>regarder</em> sur une partie du corps propre ; en même temps : renversement en <em>« passivité »</em> en instauration d’un nouveau but : <em>être regardé</em><em>.</em> Donc plaisir de montrer, c’est-à-dire l’exhibition. Comme le <em>« but d’un pulsion est toujours la satisfaction »,</em> pour satisfaire pleinement cette pulsion, l’achat du produit et donc de la marque de sous-vêtement est nécessaire. La <em>pulsion sexuelle</em> de départ se concrétise par une <em>pulsion d’achat</em>.</p>
<p>3)       Introduction d’un nouveau sujet auquel on se montre pour <em>être regardé</em> par lui. Après l’achat du produit, la personne va <em>« s’exhiber »</em> pour attirer le regard d’autrui.</p>
<p>Les théories psychanalytiques et les études sur les motivations des individus ont fortement participé à ce que les publicitaires aient comme but d’identifier les pulsions des consommateurs dans le « Ça », c’est-à-dire le réservoir des pulsions et tendances profondes des individus. En résumé, les marketers de la marque <em>Wonderbra</em> ont non seulement analysé certains complexe humain (ici une petite poitrine) mais aussi certaines pulsions humaines (ici le couple voyeurisme-exhibitionnisme) ; lesquelles ouvrent sur un concept psychologique plus large, qui est le <em>narcissisme.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><strong>L’utilisation du narcissisme dans la publicité</strong></p>
<p>S’acheter une marque de prestige, donc chère, peut être le symptôme d’une névrose chez certains consommateurs. Cette action peut être anormale parce que ces <em>névrosés</em> y recherchent une <em>supériorité,</em> c&#8217;est-à-dire une sécurité contre leur infériorité intérieure. Ils ne conçoivent pas l’idée d’être l’égal de quelqu’un. Par conséquent, si un névrosé se sent <em>« inférieur</em> », il fera tout pour étonner, pour être admiré, il n’hésitera pas à acheter une marque ou un service coûteux, car il a soif de prestige et de reconnaissance (Daco, 2008). Certaines personnes choisissent d’acheter une <em>« grosse »</em> voiture, car elles ne désirent pas être comme tout le monde et encore moins infériorisés. Par conséquent, elles s’identifient à leur machine et <em>« la puissance de leurs voitures devient leur puissance à eux » </em>(p. 207). L’achat du produit coûteux et prestigieux va donc leur permettre d’atteindre un état désiré.</p>
<p>Les professionnels jouent ainsi sur leur narcissisme, en leur permettant de compenser leur infériorité par un <em>sentiment de supériorité</em> offert par l’image prestigieuse et illustre de la marque. Grâce à cette image de marque, l’individu aura l’impression d’augmenter sa <em>« propre valeur ».</em> Comme le souligne Villeneuve-Anaudin (2005), dans <em>« les publicités à dominante narcissique, le consommateur est le centre de tout. Il se trouve généralement seul et il lui est attribué une importance unique voire exclusive. Si autrui est mentionné, c’est à titre accessoire pour accentuer la sphère où le narcissique s’enferme pour mieux s’admirer »</em> (p. 81).</p>
<p>Illustrons ce propos avec la publicité pour la marque BMW (cf. image 6). On peut voir que le message s’adresse directement au consommateur narcissique : <em>« Pourquoi n’être qu’un numéro quand vous pouvez être unique</em> ». Il est celui qui se sent différent, qui ne fait pas « <em>partie de la masse ».</em> Il est identifiable parmi tous, on le connaît par son prénom alors que tous les autres ne sont que des numéros (cf. image 6, partie de droite): la preuve est faite avec sa place personnalisée au théâtre. Ce prénom <em>« Louis »</em> n’a pas été choisi au hasard, c’est le nom des derniers <em>« </em><em>rois de France</em> <em>» </em>(c’est également la dénomination courante de la monnaie d&#8217;or française au XVIIe siècle : le louis d’or). Donc une position royale, supérieure voire suprême. La publicité semble véhiculer le message indirect suivant : <em>« Avec cette voiture, vous ne roulerez plus comme un homme ordinaire, vous roulerez dans un carrosse royal »</em>. Elle lui propose une voiture remarquable, exceptionnelle, une marque prestigieuse, qui lui ressemble à tous les niveaux, c’est quelque part son équivalent.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Le dernier paragraphe a donc fait état de l’intérêt des marketers pour certaines composantes de la personnalité.</p>
<p><strong>Achat impulsif et compulsif<br />
</strong></p>
<p>En psychologie, « l’impulsion » est une tendance à l’action irréfléchie et mal contrôlée par la volonté. En marketing, on parle « <em>d’achat impulsif »</em>, comme d’un achat non planifié par l’acheteur. L’achat est motivé par le désir de répondre à l’impulsion d’achat [17]. L’achat suit immédiatement l’impulsion et le consommateur ne souhaite pas (ou est incapable) de mettre en œuvre une évaluation du bien-fondé de l’acte. Ce type d’acquisition est souvent déclenché, par une publicité sur le lieu de vente ou le désir pressant de réaliser de (très) bonnes affaires (par le biais d’annonces de promotions, de soldes, d’arrivages limités, de rotations rapides des collections, etc) ou encore grâce à un packaging original et/ou rare. Les variables situationnelles comme <em>la pression du temps</em> et de <em>la foule</em> peuvent réduire le <em>« contrôle personnel »</em> de l’acheteur. Celui-ci dispose alors de moins de volonté pour résister à une éventuelle impulsion d’achat. Le type d’achat impulsif le plus fréquemment observé est l’achat de confiseries à la caisse d’une grande surface, ou encore d’un dessert sous vitrine près de la caisse d’un fast-food, de boissons glacées à l’entrée des stades, des distributeurs de cafés dans les métros, etc. La dernière tentation à l’impulsivité est souvent la bonne.</p>
<p>En psychologie, <em>« l’impulsion »</em> se distingue de la <em>« compulsion »</em> en ce sens que cette dernière s’impose au sujet après une lutte anxieuse, alors que la première est immédiatement acceptée par l’individu. L’achat<em> compulsif</em> (ou encore appelée <em>« fièvre acheteuse »</em>) est un comportement épisodique survenant chez un individu qui ne peut se contrôler dans l’achat utile (ou inutile) d’objets, le plus souvent en plusieurs exemplaires. Au niveau psychologique, la <em>surconsommation</em> viendrait d’un déséquilibre entre le rationnel et l’émotif ; l’achat est souvent sans grand lien avec le besoin réel ou l’utilité du produit convoité. Un comportement que certains psychologues rapprochent à la<em> boulimie, </em>où l’individu chercherait inconsciemment à combler un vide affectif. Au niveau psychologique, la <em>« tension qui sous-tend la compulsion entraîne une perte du contrôle et les achats sont renouvelés pour tenter de maintenir un niveau suffisant de soulagement »</em> (Fernández et al, 2004). L’être compulsif recherche ainsi une émotion positive pour <em>« compenser »</em> une émotion négative, résultat d’une frustration qu’il ne sait pas canaliser. L’acheteur compulsif doit se débattre face aux pressions de notre société de consommation : la publicité est omniprésente et les possibilités d’achat et techniques de ventes de plus en plus efficaces. Par exemple, les professionnels favorisent/encouragent cet état compulsif, en facilitant l’usage du crédit (i. e. crédit consommation, micro-crédits, paiement différé ou mensualisé, etc) ; l’achat de produits en pack (i. e. quantité élevée) ; prix différenciés en fonction du nombre d’articles achetés ; services de paiement par carte bancaire et règlements en ligne sur Internet, ces derniers sont souvent efficaces  car le paiement est dématérialisé et donc moins culpabilisateur [18].</p>
<p>Nous allons maintenant présenter un autre concept de la psychologie en vigueur dans nos habitudes d’achat : c’est le renforcement psychologique. Ce procédé est très utilisé et explique, en partie, la <em>fidélité </em>du consommateur.</p>
<p><strong>Renforcement psychologique et comportement de consommation</strong></p>
<p>Selon Sillamy (2003), c’est une <em>« action produite par un agent renforçateur tel que de la nourriture, ou une approbation et entraînant la consolidation d’un certain comportement ».</em> Le procédé du renforcement peut être rapproché à un comportement simple, celui de <em>« l’animal de cirque »</em> à qui on donne une gratification à chaque fois qu’il exécute convenablement ce que lui a appris son maître. Un renforcement négatif augmente la probabilité d’écarter un comportement alors qu’un renforcement positif accroît les chances de réapparition du comportement provoqué par le stimulus (Pellemans, 1998).</p>
<p>Tout apprentissage a besoin d’être renforcé pour durer, le renforcement a lieu lorsque le sujet reçoit donc une <em>« récompense ». </em>Dans le domaine marketing et de la vente, l’utilisation des <em>cartes de fidélité</em> ou l’obtention de <em>réductions</em> après plusieurs achats, sont des « <em>renforçateurs »</em> du comportement d’achat et sont en réalité la <em>« carotte » </em>qui nous poussent à acheter. Le processus est le suivant : plus on achète, plus on a de points de fidélité, plus notre comportement est dirigé à faire et à refaire le même comportement d’achat, dans le but d’obtenir une <em>« récompense »</em> (i. e. des cadeaux, réductions, exemplaires gratuits, etc). Un comportement d’achat <em>« renforcé »</em> pour un distributeur est la garantie d’achats réguliers et fréquents, la fidélité pour le point de vente est ici créée artificiellement.</p>
<p>Bien sûr, cette fidélité est également liée et favorisée par le prix du produit. En marketing, nul besoin de développements pour constater que le prix est généralement l’attribut décisif et privilégié dans le choix des consommateurs. Ce dernier comporte néanmoins, une dimension psychologique aussi importante que la dimension économique.</p>
<p><strong>Le prix et ses effets psychologiques</strong></p>
<p>Lorsqu’un individu envisage un achat, il se réfère à un prix qui est stocké dans sa mémoire et dépend de ses achats antérieurs et de la connaissance qu’il a du produit (ou de la marque). Ce prix est appelé <em>« prix psychologique »</em> : c’est le prix qui fixe le meilleur arbitrage <em>« qualité-prix »</em> dans l’esprit. Le niveau du prix doit être perçu comme acceptable pour que l’achat puisse être envisagé; ni trop élevé car le consommateur jugerait inadmissible de payer aussi cher le produit ; ni trop faible, car il risquerait de contester la qualité même du produit (i. e. <em>effet de snobisme</em>).</p>
<p>Toutefois, il est inutile de préciser que la plupart des consommateurs se sentent rassurés par un prix élevé, ils partent du principe (souvent faux) que tout ce qui est cher est automatiquement de bonne/meilleure qualité. Ainsi, plus le prix est élevé (sans être excessif) plus le consommateur aura tendance à acheter le produit, à condition que les autres individus sachent que le produit est (très) cher (c’est ce que l’on nomme <em>l’effet Veblen </em>[19]).</p>
<p>Mais l’étude du niveau des prix ne se restreint pas seulement à cet effet d’arbitrage <em>« qualité-prix ».</em> D’autres effets psychologiques existent dans le domaine des techniques de vente, comme le <em>« prix rompu »</em>. C’est un prix fixé stratégiquement au dessous d’une unité monétaire afin de créer un effet psychologique favorable pour le produit (par exemple, 1.99€ au lieu de 2€). L’intérêt du <em>« prix rompu » </em>[20] est d’accentuer artificiellement le prix à la baisse en renforçant l’attention du consommateur et en le suggérant un <em>« prix promotionnel »</em> (Vernette, 2008). Il est important de souligner qu’en général les prix ronds (1€, 2€ ou 5€) sont des seuils psychologiques qu’apprécient fortement les consommateurs. Dès qu’un prix franchit à la hausse un seuil, celui-ci est automatiquement perçu négativement (par exemple 5.10€) et fait chuter la demande, alors qu’un franchissement à la baisse, même minime augmente l’attirance du produit (par exemple 4.99€).</p>
<p>Un autre effet psychologique existe dans le domaine de la vente avec les prix dits <em>« barrés ».</em> Ce procédé consiste à afficher une étiquette portant un prix barré, correspondant au prix normal du produit (ou de la marque), à côté du prix en promotion. Le distributeur/vendeur peut ainsi être tenté de proposer un prix barré qui serait artificiellement gonflé [21] pour accroître la perception de la réduction consentie. Vernette (2008) souligne que cette <em>astuce</em> se révèle payante dans certains pays, uniquement si le prix barré reste acceptable pour le consommateur.</p>
<p>Pour clôturer ce bref aperçu relatif aux effets psychologiques du prix, nous allons présenter une technique de vente à la mode ces dernières années. Cela consiste à afficher le prix d’achat global d’un produit (ou d’un service) en dépense quotidienne, c’est ce que l’on appelle <em>« un effet de cadrage ».</em> C’est-à-dire que l’acheteur aura l’impression de faire une meilleure affaire si le prix global est présenté sous la forme d’une dépense journalière, par exemple acheter <em>« un ordinateur portable pour 1€ par jour »</em>. Cette technique est souvent utilisée dans la téléphonie mobile, l’achat de produits informatiques, l’abonnement à une salle de sport, à un cinéma ou encore à une vidéothèque.</p>
<p>Enfin, nous avons vu qu’un produit cher est souvent perçu comme un produit de grande valeur. Toutefois, dans son comportement stéréotypé, instinctif, le consommateur a tendance à suivre un autre processus cognitif qui est le suivant: un produit rare = une perte potentielle = produit de grande valeur.<strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>La réactance psychologique<br />
</strong></p>
<p>Selon Brehm (1966), c’est l’état psychologique (motivationnel) d’un individu qui vient de voir sa liberté de choix restreinte. Dans cette théorie, chaque fois que notre liberté se trouve limitée (ou menacée), nous y attachons soudainement plus d’importance et estimons davantage les produits qui y sont liés. C’est pour cela que lorsqu’un objet quelconque se raréfie (ou que quelque chose nous empêche de l&#8217;acquérir), nous réagissons contre cette force opposée en désirant (et en recherchant) davantage cet objet. Ce qui est rare a de la valeur et influence non seulement l’intention d’achat mais également les quantités d’achat (Lessne et Notarantonio, 1988). Pour Cialdini (1985), l’effet psychologique de la rareté suit un mécanisme où <em>« les opportunités apparaissent plus valables quand elles sont moins disponibles (et vice et versa) ».</em> En marketing, la <em>« réactance psychologique »</em> est adoptée sous la forme du <em>« marketing de la rareté » </em>[22]. Comme le souligne Desmet (2002), <em>« imposer des restrictions à la promotion constitue une information que l’individu va éventuellement utiliser pour déterminer la valeur de l’offre promotionnelle </em>». En réalité, cette restriction génère un <em>« </em>effet de manque » lequel est ressenti par le consommateur et le pousse à réagir. Les techniques habituellement utilisées par les professionnels sont :</p>
<p>1)<em> </em><em>« L’effet d’aubaine » :</em> cela consiste à vendre en quantité limitée des produits à des prix très attractifs. Dans cette situation, la « rareté » génère un sentiment de « pression temporelle » où le consommateur doit se hâter d’acheter afin de ne pas manquer l’opportunité rare. Ce sont les grandes opérations promotionnelles lancées habituellement dans les grandes surfaces, du type : <em>« demain, il n’y en aura peut être plus » ; « mois historique chez Carrefour » </em>ou<em> « 1 produit 1 jour à moitié prix », « tout à 1 euro », </em>etc.<em> </em></p>
<p>2)<em> </em>La <em>« rareté temporelle »</em> : elle consiste à organiser volontairement la pénurie de l’offre afin de <em>« doper »</em> les ventes. Les consommateurs veulent alors être les premiers à posséder le produit rare. Un exemple connu est celui du lancement de la <em>Playstation 3</em> ou de <em>l’Iphone</em>. La restriction des quantités est annoncée de façon évènementielle et cela, parfois des mois à l’avance. Le jour du lancement en question, les files d’attentes formées avant même l’ouverture des magasins transcrivent le phénomène.</p>
<p>3)<em> </em> Les <em>« séries limitées »</em> : qui comme son nom l’indique sont des produits fabriqués en quantité restreinte. Cette limitation augmente ainsi psychologiquement la valeur du produit pour l’acheteur. Il peut s’agir d’un produit courant au prix habituel sur lequel on a modifié un élément du design pour dynamiser l’offre ou pour créer un effet « collection » (par exemple la bouteille d’<em>Evian</em> pour Noël ; la <em>« Clio Campus »</em> pour <em>Renault </em>; la <em>« 207 SW série 64 » </em>de <em>Peugeot,</em> etc.). Une stratégie plus préférentielle consiste à fabriquer un produit rare, plus cher et d’une meilleure qualité. Les consommateurs visés ont ainsi l’impression d’échapper au marketing de masse (par exemple, pour signer son 125e anniversaire, la marque de montre <em>Breitling</em> a choisi d’éditer une série limitée du modèle qui fut le premier chronographe-bracelet à voyager dans l’espace. Seuls 1000 exemplaires de cette <em>Breitling Cosmonaute</em> ont été fabriqués, tous dotés pour l’occasion d’une version inédite de l’intrigant cadran à affichage 24 heures).</p>
<p><em> </em></p>
<p>Dans ces trois approches, la rareté est orchestrée, mise en scène de façon événementielle et agit comme un réducteur de la liberté de choix, que le consommateur va tenter de remédier par tous les moyens à sa disposition. Les vendeurs/professionnels l’incite à reconstituer cette <em>« liberté perdue »</em> en lui donnant l’opportunité et l’exclusivité d’acheter le produit<em> </em><em>« </em><em>rare </em><em> »</em>.</p>
<p>En conclusion, le présent travail donne un aperçu de certains procédés empruntés à la psychologie générale pour façonner des stratégies publicitaires. Comme le disait Pierre Janet (1859-1947), <em>« la psychologie, par sa définition même, touche absolument à tout. Elle est universelle. Il y a des faits psychologiques partout », </em>la décision d’achat n’est par conséquent jamais simple à décoder et peut concerner des facteurs psychologiques plus ou moins profonds chez l’individu. Les quelques exemples développés ci-dessus ont permis de constater l’importance de la psychologie dans l’univers marketing et sa probable influence sur le comportement des consommateurs. Les marketers se doivent donc de comprendre le comportement du consommateur, de cerner les processus psychologiques en action chez ce dernier dans une situation d’achat dans l’optique de s’adapter au mieux, car l’acte d’achat effectif est à ce <em>« prix »</em> seul.</p>
<p><strong>Références</strong></p>
<p>1.       Ce sont des aliments qui associent la notion <em>« d’aliment »</em> et de <em>« médicament »</em> dans le cadre d’une alimentation fonctionnelle. Ces produits sont censés réduire (ou prévenir) l’apparition de certaines maladies, à l’aide de substances (naturelles) incluses dans un aliment de consommation courante.<br />
2.       Processus par lequel le sujet cherche à donner une explication cohérente d’un point de vue logique ou acceptable du pont de vue moral, à une attitude, une action, une idée, un sentiment, dont les motifs véritables ne sont pas perçus (Pellemans, 1998).<br />
3.       Selon Filser (1994), un consommateur peut également attribuer d’autres causes à sa décision d’achat après que l’achat ait eu lieu. On peut citer par exemple, la <em>« théorie de l’attribution ». </em>Ainsi, l’attitude que le consommateur forme après l’achat oriente la raison qu’il attribue à l’achat. Par exemple, un individu a acheté une marque de whisky de marque inconnue en promotion et il n’est pas très satisfait du goût du produit, il estimera alors que le produit sera <em>« assez bon »</em> pour être servi à des visiteurs importuns. Si au contraire, il est très satisfait du produit, il se dira qu’il a eu raison de l’acheter en prévision d’une réunion de familles ou d’amis.<br />
4.       La garantie <em>« satisfait ou remboursé »</em> est un procédé très efficace et largement utilisé par les professionnels, elle influence nettement le consommateur, car ce dernier a l’impression de ne prendre aucun risque dans l’achat.<br />
5.       Traduit en français par : « une pointe amère est sexy ».<br />
6.        Mécanisme par lequel le sujet expulse de lui-même et localise dans l’autre (personne, chose, monde externe) des qualités, des défauts, des sentiments, des faiblesses qu’il méconnaît ou refuse en lui (Pellemans, 1998).<br />
7.       Mécanisme psychologique inconscient par lequel un individu modèle sa conduite afin de ressembler à une autre personne (Sillamy, 2003).<br />
8.       C’est-à-dire quant un individu s’efforce d’obtenir l’approbation de son groupe pour se rassurer quelque part sur sa <em>« normalité ».</em><br />
9.       Connu également sous le nom de <em>« Bandwagon effect ».</em> Le souci d’assimilation du consommateur à un groupe l’incite à calquer son comportement sur celui des membres de ce groupe et donc à imiter leurs choix de consommation.<br />
10.    Entre 12 et 13 ans, elle touche 1 individu sur 2 pour voir lentement ses effets jusqu’à l’âge de 19-20 ans auquel la proportion de 1 sur 3 va s’établir et se maintenir au cours de l’âge adulte.<br />
11.    En effet, si la confrontation du <em>« naïf »</em> avec un seul sujet n’entraîne pas de conformité, en présence d’au moins 5 personnes d’accord entre eux, le conformisme normatif entre en action.<br />
12.    En anglais <em>« Fat-Burner ».</em><br />
13.    Se rapporte aux territoires de l’imagination, qui consiste pour l’individu à faire appel aux images emmagasinées dans sa mémoire ou à créer de nouvelles images dans son esprit.<br />
14.    Pouvant être défini comme le <em>« modèle que l’on espère égaler </em>» (Sillamy, 2003).<br />
15.    Prenons la dernière campagne anti-tabac de 2010. Cette campagne, lancée par l’association Droits des non-fumeurs (DNF), met en scène dans trois photographies des jeunes fumeurs à genoux devant un adulte, dans une position à connotation explicitement sexuelle. Cette campagne a provoqué l’indignation des politiques et des associations de familles en France. A la fois jugée <em>« violente et provocatrice</em> », voire <em>« contre-productive » </em>par certains professionnels et membres du gouvernement (dont R. Bachelot).<br />
16.    En fait, il semblerait qu’à partir d’un certain niveau, plus de degré de nudité ou d’érotisme augmente, plus les effets positifs sur la communication ont tendance à s’amenuiser voire à s’inverser.<br />
17.    Une impulsion d&#8217;achat peut être définie comme le désir soudain, puissant et parfois irrésistible de se procurer un bien à un moment donné.<br />
18.    Selon les enquêtes, au moins 4% des français (le plus souvent les femmes) sont sujets à ce genre de d’état compulsif, le plus souvent concentrés dans l’univers cosmétique et les articles de modes.<br />
19.    Encore appelé <em>« effet de consommation ostentatoire »</em> (cf. Desmet et Zollinger, 1997).<br />
20.    Comme le souligne Vernette (2008), cette pratique est assez répandue dans la grande distribution, puisque <em>« plus de 60% des prix se terminent par 5 ou 9, que ce soit en France ou aux Etats-Unis ».</em><br />
21.    Il est important de signaler que cette pratique est normalement interdite en France, car le <em>« prix barré »</em> doit absolument correspondre au prix moyen pratiqué dans les trois semaines précédant la promotion.<br />
22.    C’est un ensemble de techniques utilisées en promotion des ventes visant à promouvoir le produit en le restreignant.</p>
<p><strong>Images de référence</strong></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 260px"><img title="Image 1" src="http://www.eepsys.com/imagenes/articulos/2011-04/001.jpg" alt="Schweppes" width="250" height="370" /><p class="wp-caption-text">Image 1 : Publicité de « Schweppes »</p></div>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 260px"><img title="Image 2" src="http://www.eepsys.com/imagenes/articulos/2011-04/002.jpg" alt="Dyma" width="250" height="358" /><p class="wp-caption-text">Image 2 : Publicité de « Dyma-Burn Xtrem »</p></div>
<p style="text-align: center;">
<p><strong> </strong></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 310px"><img title="Image 4" src="http://www.eepsys.com/imagenes/articulos/2011-04/004.jpg" alt="Caron" width="300" height="224" /><p class="wp-caption-text">Image 4 : Publicité de « Caron » avec S. Chabal </p></div>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 260px"><img class="  " title="Image 3" src="http://www.eepsys.com/imagenes/articulos/2011-04/003.jpg" alt="Wonderbra" width="250" height="273" /><p class="wp-caption-text">Image 3 : Publicité  de la marque « Wonderbra »</p></div>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 260px"><img class=" " title="Image 5" src="http://www.eepsys.com/imagenes/articulos/2011-04/005.jpg" alt="Contrex" width="250" height="206" /><p class="wp-caption-text">Image 5 : Publicité de la marque « Contrex »</p></div>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 410px"><img class=" " title="Image 6" src="http://www.eepsys.com/imagenes/articulos/2011-04/006.jpg" alt="BMW" width="400" height="271" /><p class="wp-caption-text">Image 6 : Publicité de la marque « BMW » en France</p></div>
<p><strong>Références bibliographiques</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
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BREHM, J. W. (1966) : <em>A theory of psychological reactance</em>. New York Academic Press.<br />
CAPELLI, S. ; PANTIN-SOHIER, G. (2004) : <em>Une visite mystique de la métaphore en marketing</em>. « Les troisièmes Journées Normandes de la Consommation, Colloque ‘Société et Consommation’ »<em>. </em>Rouen, 11 et 12 mars 2004.<br />
CIALDINI, R. B. (1985) : <em>Influence et Manipulation</em>. Paris : Éditions Générales First.<br />
COSTANZO, P. R. (1970) : « Conformity development as a function of self-blam ». <em>Journal of Personality and Social Psychology</em>, 14, p. 366-374.<br />
DACO, P. (2008) : <em>Les prodigieuses victoires de la psychologie</em>. Éditions Marabout, nov. 2008.<br />
DESMET, P. (2002) : <em>La promotion des ventes</em>. Paris : Dunod.<br />
DESMET, P. ; ZOLLINGER, M. (1997) : <em>Le prix. De l’analyse conceptuelle aux méthodes de fixation</em>. Collection Gestion, Éditions Économica.<br />
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<p><strong>* Contact</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Romain Cally. </strong>Docteur en sciences de gestion, spécialité psychologie du consommateur (marketing).<strong><br />
</strong><strong>e-mail</strong> : callyromain@hotmail.com</p>
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		<title>La crise de l’euro bégaie</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Feb 2011 14:33:38 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[Jean-Claude Paye
Sociologue]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jean-Claude Paye *<br />
</strong>Sociologue<strong><br />
<span id="more-55"></span></strong></p>
<p>Le jeu de massacre a commencé : la crise financière irlandaise reproduit le schéma de celle de la Grèce et ouvre la voie aux suivantes, au Portugal et ailleurs. Pour payer leurs guerres en Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis ont choisi de monétariser leur dette publique, c’est-à-dire de refiler leurs factures au reste du monde. Cet afflux de liquidités permet aux élites capitalistes de dévorer des proies toujours plus grasses. Après avoir pillé le tiers-monde, elles peuvent enfin attaquer l’euro. Or, observe Jean-Claude Paye, loin de les en empêcher, la Banque centrale européenne les favorise au détriment des populations européennes, désormais astreintes aux politiques d’austérité.</p>
<p>Une phrase attribuée à Marx nous a appris que si l’histoire ne se répétait pas, elle avait tendance à bégayer. Ce diagnostic illustre parfaitement la nouvelle attaque contre l’euro. À l’occasion de la crise irlandaise, les marchés financiers ont mis en scène un scénario semblable à celui de l’offensive contre la Grèce (1). Il s’agit du déplacement d’une même cause externe : la politique monétaire expansionniste de la FED (<em>Federal Reserve</em>). De manière similaire, l’offensive des marchés va également être soutenue par l’Allemagne fédérale.</p>
<p>Comme durant les mois d’avril et de mai 2010, l’annonce d’une future injection massive de liquidités par la Réserve fédérale étasunienne n’a pas eu pour effet de faire baisser la valeur du dollar, mais de relancer l’assaut spéculatif contre la zone euro. L’Allemagne a été également, en partie, à l’origine de l’envolée des taux d’intérêts sur les obligations irlandaises, mais aussi portugaises et espagnoles. Les récentes déclarations, pourtant purement formelles, d’Angela Merkel sur la nécessité de faire participer les créanciers privés, en cas de restructuration de la dette de certains pays de la zone euro, a renforcé la défiance des marchés à l’égard des pays les plus faibles.</p>
<h3>L’objectif de la FED : une création ininterrompue de bulles financières</h3>
<p>La boutade lancée par John Connally, secrétaire au Trésor sous Nixon en 1971, <em>« Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème »</em>, est plus que jamais d’actualité. Jusqu’à présent, la monétisation de la dette américaine pose moins de problèmes aux Etats-Unis qu’à leurs satellites. L’arbuste du délabrement financier de la Grèce avait déjà suffit à dissimuler la forêt des déficits étasuniens. De même, cette fin d’année a vu la dette irlandaise éclipser l’annonce d’un nouveau programme de rachat massif de bons du Trésor par la Réserve fédérale américaine. Cette manoeuvre de <em>« quantitative easing</em> <em>»</em> consiste à faire marcher la planche à billets en vue de faire baisser les taux d ’intérêts sur les obligations d’Etat. Elle devrait permettre, à raison de 75 milliards par mois, une injection de 600 milliards de dollars dans l’économie d’outre-Atlantique.</p>
<p>La FED avait déjà introduit une somme de 1.700 milliards de dollars dans le circuit économique étasunien. Ce nouveau programme d’injection de liquidités nous montre que cette politique monétaire a largement échoué, puisque une nouvelle phase de rachat s’avère nécessaire. Surtout, il nous indique que le <em>« quantitative easing »</em> n’est plus une politique d’exception. Elle s’inscrit dans la durée et devient ainsi une procédure normale (2).</p>
<p>Contrairement aux déclarations du Trésor, la création monétaire lancée par les USA n’a pas pour objectif de permettre aux banques d’accorder des crédits aux particuliers et aux entreprises. Vu la conjoncture économique, cette demande est actuellement faible et les institutions financières disposent d’importantes réserves.</p>
<p>Il y a déjà abondance de liquidités, en ajouter ne va pas résoudre le problème actuel qui porte sur la défiance des banques vis-à-vis de la solvabilité d’emprunteurs éventuels, c’est à dire sur la rentabilité de leurs investissements.</p>
<p>A quoi peut donc servir cette injection permanente de liquidités dans un marché déjà saturé ? Pour répondre à cette question, il suffit d’observer les effets de cette politique : formation de bulles spéculatives et envolée de la valeur des actifs, afflux de capitaux dans les pays en forte croissance, tels la Chine ou l’Inde, et attaques spéculatives, notamment contre la zone euro.</p>
<p>La politique étasunienne de monétisation de sa dette publique est actuellement peu inflationniste car une grande partie des capitaux quitte les Etats-Unis afin de se placer sur les marchés émergents et ainsi n’alimente pas la demande interne aux USA. Elle ne provoque pas non une forte baisse du dollar, puisque les achats additionnels d’actifs : or, matières premières et pétrole, qu’elle provoque, se font dans la devise étasunienne, ce qui soutien son cours. Les achats des spéculateurs américains se font dans leur monnaie nationale, tandis que les « investisseurs » étrangers, incités à suivre le mouvement de hausse induit par cette politique, échangent leurs monnaies nationales contre des dollars afin d’acheter ces « actifs ».</p>
<h3>Le but de la BCE : le transfert de revenus des salariés vers les banques</h3>
<p>En ce qui concerne l’Union européenne, la BCE a annoncé la poursuite de sa politique de rachats d’obligations souveraines. Elle a également décidé de prolonger son dispositif de refinancement, illimité et à un taux fixe, des banques, pour une nouvelle période de quatre mois au moins. Ici aussi, on enregistre un changement d’attitude : cette politique n’est plus présentée comme exceptionnelle, mais permanente (3). Ce qui est modifié dans la politique de la BCE, c’est son engagement dans la durée. « En temps normal, la BCE achète des titres à court terme : trois semaines, un mois, plus rarement trois mois, mais depuis la crise, la BCE s’est mise à acheter des titres à l’échéance d’un an, c’est du jamais vu » (4). Ce changement renverse le rôle de la Banque centrale, de prêteur de dernier ressort, elle devient prêteur de première ligne. La Banque centrale fonctionne alors comme une institution de crédit.</p>
<p>Jusqu’à présent, la BCE a acquis des bons de dette publique pour un montant de 67 milliards d’euros (5), essentiellement des titres d’Etats en difficulté, tels la Grèce et l’Irlande. Nous sommes donc bien loin des 600 milliards de dollars de rachat effectué par la FED. La politique de la Banque centrale européenne diffère non seulement quantitativement, mais aussi qualitativement, puisqu’elle a choisi de stériliser son injection de liquidités, en diminuant d’autant les prêts qu’elle effectue aux banques privées.</p>
<p>L’objectif de la Banque centrale européenne est d’essayer de retarder au maximum une restructuration de la dette grecque, irlandaise, portugaise&#8230; ; les grandes banques européennes étant fortement engagées dans leur financement. Il s’agit avant tout de sauver les institutions financières et d’essayer de faire payer la facture aux salariés et aux épargnants.</p>
<p>Pour ce faire l’Union européenne et les Etats membres ont transféré aux marchés financiers la clef du financement des déficits. Les États doivent emprunter auprès d’institutions financières privées qui obtiennent, elles, des liquidités à bas prix de la Banque Centrale Européenne.</p>
<p>Alors que ses déficits des Etats membres de l’UE, en moyenne de 7 %, sont nettement en retrait par rapport aux 11 % de l’Etat fédéral étasunien (6), l’Union européenne, au contraire des USA, s’est engagée dans la voie d’une réduction brutale des dépenses publiques. La Commission veut imposer aux pays une longue cure d’austérité pour revenir à une dette publique inférieure à 60 % du PIB et a lancé des procédures de déficit excessif contre les États-membres. À la moitié de 2010, pratiquement tous les États de la zone y étaient soumis. Elle leur a demandé de s’engager à revenir sous la barre de 3 % avant 2014 et cela quelle que soit l’évolution de la situation économique. Les moyens prévus pour réaliser ces objectifs ne consistent pas en une taxation des gros revenus ou des transactions financières, mais bien dans une diminution du salaire direct et indirect, à savoir engager des politiques salariales restrictives et des remises en cause des systèmes publics de retraite et de santé.</p>
<h3>Complémentarité des politiques de la FED et de la BCE</h3>
<p>La politique monétaire fortement expansive des USA consiste à racheter des obligations souveraines à moyen et à long terme, de deux à dix ans, sur le marché secondaire, afin que les nouvelles émissions que doit faire la FED trouvent preneur à un taux d’intérêt faible, c’est à dire supportable pour les finances publiques étasuniennes</p>
<p>Cette politique n’est pas seulement en adéquation avec les intérêts du capital américain, mais est est en phase avec ceux du capitalisme multinational. Elle est le principal outil d’une pratique de taux d’intérêts très bas, en dessous du niveau réel de l’inflation. Il s’agit de permettre, non seulement aux Etats-Unis, mais aussi à l’Europe et au Japon, de pouvoir faire face à leur montagne de dettes en pratiquant des taux planchers. Toute augmentation du rendement obligataire conduirait ces Etats à la faillite. De plus, à moyen terme, cette pratique laxiste aura un effet inflationniste qui dévalorisa ces dettes publiques et réduira, en termes réels, la charge de celles-ci.</p>
<p>Étant donné la place particulière du dollar dans l’économie mondiale, la Réserve fédérale américaine est la seule banque centrale qui peut se permettre une telle politique, pratiquée à une échelle aussi élevée. Toute autre monnaie nationale serait attaquée par les marchés et fortement dévaluée. La FED est la seule banque centrale qui peut faire fonctionner la planche à billets et faire accepter cette monnaie additionnelle par les agents économiques étrangers.</p>
<p>La monétisation de la dette US, en donnant des munitions aux marchés financiers, permet de lancer, à bon compte, des opérations de spéculation contre la zone euro. Elle est en phase avec les objectifs de l’UE, car elle permet de mobiliser les marchés et de faire pression sur les populations européennes, afin de leur faire accepter une diminution drastique de leur niveau de vie. Les politiques budgétaires entamées par les Etats membres auront pour effet d’empêcher toute reprise économique, fragilisant d’avantage les finances publiques et réclamant de nouveaux transferts de revenus des salariés vers les banques et les entreprises. La crise de l’Euro n’a pas fini de bégayer. Ce n’est pas la volonté affichée de dégrader de nouveau, en raison de ses « besoins élevés de refinancement en 2011 », la note des obligations de l’État espagnol par l’agence américaine Moody’s (7), qui va contredire ce diagnostic.</p>
<p><strong> Notes</strong></p>
<p>1. « <a href="http://www.voltairenet.org/article167498.html">L’UE et les’’ hedge funds’’ : régulation ou abandon du territoire européen ?</a> », par Jean-Claude Paye, <em>Réseau Voltaire</em>, le 12 novembre 2010.<br />
2. « <a href="http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/11/03/la-fed-relance-la-planche-a-billets_1434659_3234.html">La FED va injecter 600 milliards de dollars dans l’économie américaine</a> », par Audrey Fournier, <em>Le Monde</em>, 4 novembre 2010.<br />
3. « <a href="http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d82fc996-fead-11df-8bf5-64074f48bc01/La_Banque_centrale_europ%C3%A9enne_prolonge_ses_mesures_exceptionnelles_de_soutien">La Banque centrale européenne prolonge ses mesures exceptionnelles de soutien</a> », par Mathilde Farine, <em>Le Temps</em>, 3 décembre 2010.<br />
4. « <a href="http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/12/02/la-bce-poursuit-son-programme-de-rachat-d-obligations-publiques_1447768_3234.html">La BCE poursuit son programme de rachat d’obligations publiques</a> », par Audrey Fournier, <em>Le Monde</em>, 2 décembre 2010.<br />
5. « <a href="http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2590eef8-fe5a-11df-83d9-55e75714d428/Les_Etats-U%C3%A0_lorigine_des_tensions_au_sein_de_la_zone_euro">Les Etats-Unis à l’origine des tensions au sein de la zone euro</a> », par Sébastien Dubas, <em>Le Temps</em>, 3 décembre 2010.<br />
6. <a href="http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html"><em>Manifeste des économistes atterrés. Crise et dette en Europe : 10 fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse</em></a>, 14 septembre 2010.<br />
7. « <a href="http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/12/15/moody-s-envisage-une-nouvelle-degradation-de-la-note-de-l-espagne_1453521_3214.html">Moody’s envisage une nouvelle dégradation de la note de l’Espagne</a> », <em>Le Monde</em> avec AFP, 15 décembre 2010.</p>
<p><strong>* Derniers ouvrages publiés de l’auteur:</strong> <em><a href="http://www.amazon.fr/fin-lEtat-droit-antiterroriste-dexception/dp/284303096X/ref=sr_1_1/402-4480207-5374560?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1192309488&amp;sr=1-1"><br />
La Fin de l’État de droit</a></em>, La Dispute 2004 ; <em><a href="http://www.telospress.com/main/index.php?main_page=product_info&amp;cPath=1&amp;products_id=314">Global War on Liberty</a></em>, Telos Press 2007.</p>
<p>Par la gentillesse de <a href="http://www.voltairenet.org/">voltairenet.org</a></p>
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		<title>La société infantilisée</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Feb 2011 22:26:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>epsys-revue</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Éditorial]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span id="more-50"></span><em><strong>Maintenant cet éditorial est disponible seulement en langue espagnole. <a href="http://www.eepsys.com/es/la-sociedad-infantilizada/">Tapez ici</a></strong></em></p>
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		<title>L&#8217;évolution de la Sociologie en Cuba. La formation d&#8217;une science</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Jan 2011 22:45:50 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Lisbet López Saavedra
Sociologue. Professeur chez l'Université Cienfuegos (Cuba)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Lisbet López Saavedra</strong><br />
Sociologue. Professeur chez l&#8217;Université Cienfuegos (Cuba)</p>
<p><span id="more-41"></span><em><strong>Maintenant cet article est disponible seulement en langue espagnole. <a href="http://www.eepsys.com/es/la-evolucion-de-la-sociologia-en-cuba-la-formacion-de-una-ciencia/">Tapez ici</a></strong><br />
</em></p>
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		<title>Attila József, ou une lucidité désespérée</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Jan 2011 23:15:32 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Rafael Ojeda Il y a cent ans naquit Attila József, poète dont la vie reproduit la période la plus douloureuse et morne de l’histoire hongroise. C’est peut-être pour cela que c’est encore une énigme pour savoir comment la fatalité, l’abandon &#8230;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Rafael Ojeda<span id="more-19"></span></p>
<p>Il y a cent ans naquit Attila József, poète dont la vie reproduit la période la plus douloureuse et morne de l’histoire hongroise. C’est peut-être pour cela que c’est encore une énigme pour savoir comment la fatalité, l’abandon et la non protection ont pu nous laisser de si beaux vers qui coulent dans ce transit spectral d’Eros, de Pathos et de Thanatos, mais pas comme symptomatologies freudiennes mais comme un plan essentiel sur lequel tout, jusqu’au plus amer, acquiert d’inusitées touches de douceur.</p>
<p><a href="http://www.eepsys.com/es/wp-content/uploads/2011/01/Attila1.jpg" rel="lightbox[19]" mce_href="http://www.eepsys.com/es/wp-content/uploads/2011/01/Attila1.jpg" title="Attila"><img class="aligncenter size-full wp-image-94" title="Attila" src="http://www.eepsys.com/es/wp-content/uploads/2011/01/Attila1.jpg" mce_src="http://www.eepsys.com/es/wp-content/uploads/2011/01/Attila1.jpg" alt="" width="175" height="268"></a></p>
<p>Une sorte de Modigliani de la poésie, un Maiakovski sombre ou encore un Villon engagé et défenseur de causes perdues, vers lequel convergent exacerbés la ferveur politique, les pulsions de création et de mort. Où les stigmas de la première grande guerre, la pauvreté et la menace du fascisme, marqueraient son œuvre et bref destin personnel comme le plus sensible symbole de sa génération tragique, dans une Europe qui allait devenir folle très rapidement. Et dont sa précocité le mènerait à publier ses premiers poèmes dans le principal magazine littéraire de la Hongrie : <em>Nyugat</em> (Occident), quand il avait seulement 16 ans.</p>
<p>Mais, parler de précocité dans la poésie  nous rapporte à l’ irrévérente et géniale figure d’Arthur Rimbaud, la cohorte symboliste et la Commune de Paris, en nous faisant oublier d’autres comme Thomas Chatterton, cet enfant anglais qui à 16 ans avait écrit les poèmes de Rowley, en les faisant passer  pour des manuscrits du XV siècle, et qui, répudié après la découverte de sa tromperie, fut trainé par tous de la misère au suicide quand il avait seulement 18 ans, en écrivant dans son poème Mes adieux : « Adieu, Bristol, immonde cité de briques./Amants de la richesse, adorateurs  de la tromperie, / Vous avez refusé à coups de pieds l’enfant qui  divulgua / de vieilles accusations, / Et qui pour vouloir apprendre paya de sa célébrité vide » (…) « Ne permets pas que je me trompe. / Ait miséricorde, Ciel, quand je cesserais de vivre. / Et pardonnez-moi ce dernier acte de misère ».</p>
<p>Depuis qu’il était enfant Attila donna  des signes d’une intelligence inusitée. A 12 ans déjà il avait écrit ses premiers poèmes, et malgré la pauvreté, l’infortune et les perturbations de la puberté, qui avaient atteint son esprit jusqu’au point d’essayer de s’ôter la vie à plusieurs reprises, il fut un étudiant brillant. Dans son <em>Curriculum vitae</em>, écrit en février 1937 à l’intention d’une banque  à laquelle il demanda du travail, il écrit : « A la fin de la sixième année j’ai abandonné le lycée et l’internat car, dans mon isolement je me sentais désœuvré, je n’étudiais pas, étant donné que je savais la leçon aussitôt que le professeur l’expliquait », il avait réussit l’examen de la septième et huitième année<em> </em>dès la première fois, finissant ainsi sa scolarité rapidement.</p>
<p>Il fut appelé  le poète prolétaire. Il naquit le 11 avril 1905, dans une banlieue ouvrière et misérable de Budapest, Ferencváros, lieu où il  volait du bois et du charbon dans la station  de train pour se réchauffer et sauver du froid sa mère et ses deux  sœurs, quand il était petit. Son père, un savonneur moitié roumain moitié székely —habitant de Transylvanie, de culture hongroise—, il a abandonné sa famille quand József avait à peine trois ans. Celui-ci fut déclaré orphelin par  la sécurité sociale, qui l’a envoyé à Öcqsöd, petit village des plaines de la Hongrie où il fut élevé par des paysans et il a dû travailler en gardant des cochons —comme faisaient les enfants pauvres de la campagne pour survivre—  jusqu’à 7 ans ; âge auquel sa maman Borbala Pöcze arrive à la ville pour le sauver et l’amener à Budapest faire ses études.</p>
<p>Borbála faisait des travaux domestiques pour entretenir ses enfants, mais la pauvreté et l’horrible « millepattes » du cancer lui dévora le ventre et  l’emporta à Noël 1919.  « Ma mère était menue et mourut tôt / parce que toutes les lavandières meurent tôt / la charge fait trembler leurs jambes / et elles ont mal à la tête de repasser » (…) « A force de laver son dos s’est tordue / je ne savais pas qu’elle était si jeune / dans son rêve elle portait un tablier propre ». Cette fois l’asile d’orphelins choisit son beau frère comme tuteur. Plus tard il dut partir à la ville de Makó, où il put obtenir une place gratuite  pour étudier. Il avait 17 ans quand son premier livre parut, <em>Le mendiant de la beauté</em>, « on me considéra comme un enfant prodige cependant, je n’étais qu’un orphelin », écrit-il dans son <em>Curriculum vitae</em>.</p>
<p>Mais lui, orthodoxe de religion, fut persécuté et accusé de blasphème contre Dieu dans un poème. Le Tribunal Suprême l’acquitta, mais ceci n’a pas pu empêcher que les vers de <em>Cœur Pur</em> écrits à 17 ans réveillent la haine d’un professeur de lycée envers lui qui lui affirma que tant qu’il serait en vie, il ne deviendrait pas professeur de lycée : « à un homme qui écrit de telles choses on ne peut pas lui confier l’éducation de générations futures ». Alors Attila fut expulsé de l’Université de Szeged, mais, malgré ceci, le public acclama le poème, en le considérant comme une sorte de manifeste de la génération  post guerre en Europe Centrale. Le critique Pál Ignotus  —fils du fondateur de <em>Nyugat</em>, magasine forgeur de la nouvelle littérature magyar autour des emblématiques Ady, Babist et Kassák—, le présenta plus tard comme un modèle de la nouvelle poésie.</p>
<p>Le poème en version d’Alberto Bixio, traducteur de l’<em>Autobiographie de Koestler</em> ici citée, prie : « Je n’ai pas de Dieu, je n’ai pas de roi  / ma mère ne porta jamais de bague, / je n’ai pas de chaumière ni de lieu où mourir, / je ne donne  pas de baisés je n’ai pas d’amant. // Pendant trois jours j’ai mâché mon pouce / à défaut d’un quignon de pain. / Bien que j’ai 20ans et que je suis fort et en bonne santé, /  mes vingt ans sont à la vente // Si personne ne veut les acheter, / le diable à le droit de faire son offre : / alors, en faisant usage de mon bon sens, / je volerai et tuerai innocemment. // Jusqu’à qu’ils me pendent en haut d’une corde, et m’étende dans la terre bénite…, / Et que des herbes empoisonnées poussent / de mon cœur simple et pur ». Même pas  dans ses visions les plus noires et apocalyptiques, Attila ne sacrifie ni la fraîcheur ni la pureté ni le lyrisme sauvage caractéristiques de certains de ses poèmes : « L’oppression, comme une bande de vautours, / converti les cœurs en charogne ; / et la misère glisse par tout sur le globe, comme la salive sur le visage d’un idiot ». Il y a aussi quelque chose de sensible dans l’épouvantable rhétorique des vers de <em>Ce n’est pas moi qui cri </em>: « Attention ! Attention ! Le diable est devenu fou ! / Caches-toi dans les fonds propres des sources, fonds-toi dans le cristal de la fenêtre, / caches-toi derrière les feux des diamants, / sous les pierres, parmi les insectes, / caches-toi dans le pain tout juste sortie du four. / Oh, Toi, mon pauvre. / Avec la fraîche averse filtre-toi dans la terre. / En vain enfonces-tu ton visage en toi-même, tu ne pourras le laver que dans un autre visage… ».</p>
<p>Mais , derrière toute cette violence prophétique présente dans ses plus grands textes de jeunesse il y a un vide ontologique qui le guette, un désarroi qui devient de plus en plus aigu au cours des années, et qui se concrétise dans l’image glaciale des vers de <em>Sans espoir </em>: « Mon cœur assis sur la branche du néant / son petit corps s’ébranle silencieux » ; dans l’évocation existentielle de <em>Resurgit dans le courant </em>: « Fais-moi peur mon Dieu, / J’ai besoin de ta colère. / Resurgis dans le courant, / que le cours du néant ne te traîne pas » ou dans le ton lyrique de <em>Peut-être disparaîtrai-je bientôt </em>: « Peut-être comme la trace dans le bois de la bête / disparaîtrai-je un jour / Et mes processions partiront-t-elles en fumée / avec le vent ».</p>
<p>A partir de 1925, année dans laquelle paraît son deuxième livre, <em>Ce n’est pas moi qui cri</em>, malgré sa misère et ses constantes failles de santé- bien que la pauvreté l’accompagne tout au long de sa vie-, Attila voyage à Vienne, où il étudie, vend des journaux et fait le ménage dans une académie hongroise de la ville, pour subsister. Après il deviendra professeur particulier et, grâce à une bourse financée par un baron Mécène des lettres hongroises, il partira pour Paris, où il étudiera à la Sorbonne, et connaitra, entre autres, Tristan Tzara. Après ceci il retournera à Budapest afin d’y étudier à l’université mais il évitera les examens de professorat en raison de la menace du professeur qu’on l’empêcherait de faire sa carrière dans  l’enseignement. En 1929 il publie <em>Je n’ai ni père ni mère</em>, c’est un volume de traces surréalistes héritées de sa récente expérience parisienne.</p>
<p>Arthur Kiestler qui l’a connu,   avec Andor Németh, quand  Attila avait 27 ans et   vit en lui un intellectuelle passionné  pour  discuter inlassablement jusqu’à trois ou quatre heures du matin, « un parfait acrobate de la dialectique » qui sans cesse fuyait de la poésie vers le mental et du mental vers la poésie, le décrit ainsi dans son <em>Autobiographie </em>: «  visage allongé, de front large, des yeux sereins et bruns et des traits réguliers et tranquilles (…) dans son aspect serein rien ne signalait qu’il avait passé plusieurs mois dans un asile de fous, malade de désillusion et qui allait vers une fin tragique ». (…) « A vraie dire, à l’époque où nous étions amis il était un homme parfaitement normal, excepté ses remarques intellectuelles. Parmi ces dernières   celles qui dominaient étaient : la psychanalyse et la dialectique hegelianomarxiste ». Il croyait que ce qui conférait  du caractère à la dernière poésie  de József, était cette miraculeuse conjonction de l’intellectuelle et du mélancolique : « …ses  poèmes, les plus complexes et cérébraux, ses poèmes marxistes et freudiens, résonnent comme des chansons folkloriques et parfois même  comme des berceuses ; « l’idéologie est complètement dissoute dans la musique. Le rythme d’Attila se traduit presque toujours par un chant ».</p>
<p>Sa production poétique intense mais inégale, c’est une concrétion d’influences surréalistes, expressionnistes, de balades du folklore hongrois, et d’une esthétique ouvrière distante du réalisme socialiste d’actualité à son époque. Son style presque autobiographique, intimiste et politiquement engagé, repose sur une affligeante et douce originalité  qui le fait se distinguer de ses contemporains. C’est-à-dire, dans ce talent de faire de l’effrayant des images  sublimes, il enveloppe  ce qui n’est pas  éminent, le quotidien, par des fortes doses de tendresse. Quelque chose qui assume des niveaux paradigmatiques dans les vers suivants : « Belle est la nuit. Elle dort tranquille, doucement. / Mes voisins se couchent. / Les  poseurs de pavés marchèrent à pas lent. / Loin la pierre résonnait pure, / et le marteau / et ma rue, / et maintenant il y a ce silence / Cela fait longtemps que je ne te vois pas. // Tes bras travailleurs sont si frais / comme ce fleuve du grand silence / qui ne murmure pas et s’éloigne lentement, / si lentement qu’à ses côtés s’endorment les arbres, / et après les poissons / et moi je reste seul, seul. // Je suis fatigué de travailler autant, / Moi aussi  je vais dormir. / Dors tranquille, doucement. / Surement es-tu triste, / et ce pourquoi je suis triste aussi. // Il y a  du silence. / Maintenant les fleurs ne pardonnent pas ».</p>
<p>Il n’est pas non plus resté indifférent aux malheurs   d’autres peuples. Pendant un certain temps il a travaillé dans la traduction d’une comédie de Lope Vega,  qui resta inachevée, mais sa poésie, comme celle de beaucoup d’autres poètes de sa génération,  eut des résonnances de la Guerre Civile Espagnole, directement dans les vers d’<em>Epitaphe d’un laboureur espagnol</em>, qui disent, d’après les mots de Fayard Jamís : « Franco, le général, m’enrôla, brave soldat, dans ses files. / Je craignis être fusillé. Il n’était pas possible de fuir. / J’ai craint : je  luttai avec lui contre la liberté ; contre le droit / derrière les murs d’Irun. Et de cette manière la mort me trouva ».</p>
<p>A son apparition en 1931, <em>A bas le capitalisme, ne te plains pas</em>, le livre est censuré en raison  de son caractère politique. Attila prit une part active à  l’effervescente et  révolutionnaire politique qui parcourrait l’Europe de son temps, ce qui fit que lui, lecteur de Freud et Marx —bien que Koestler dit qu’Attila mourut victime des deux—,   s’affilia au clandestin parti communiste hongrois, d’où il fut expulsé à cause de la faction sectaire de celui-ci en 1933 qui qualifia de  dangereux  son penchant trotskiste. Tandis que lui, un socialiste pur qui détestait « celui de Staline avec la passion d’un jacobin », un révolutionnaire au cœur brisé et encore plus meurtri par la misère de sa patrie et la menace mondiale du fascisme, ne s’éloignait pas émotionnellement de ses anciens camarades : « A bas le capitalisme  / Viande et pouvoir aux ouvriers ! ». « Ils s’agitent les empires capitalistes, / grincent ses canines qui déchirent le monde ». « Vas-y poésie, participe à la lutte de classes ! / Tu grandiras avec  la masse ! ».</p>
<p>Dans une <em>Anthologie de la poésie hongroise</em>, publiée en 1981, Éva Tóth, à partir d’ une lecture imprégnée de visions idéologiques et dissonante avec la canonisation <em>post mortem</em> que les communistes hongrois firent de lui ;  le présente comme représentant de rang mondial de la nouvelle classe ouvrière : « József parcourt donc, l’escale intégrale de la « misère nationale », la faim et la  schizophrénie (…) les conflits et frustrations de fond individuel et social, sont analysés par lui dans des poèmes tellement musicaux que parfois ils présentent la simplicité d’une chanson populaire. Sa poésie d’amour est unique et  nouvelle due à la pureté himnique et la détermination biologique et sociale », avec cette conclusion en extrême déterministe, Éva identifie dans sa malheureuse vie, la genèse de l’œuvre géniale de József et sa poétique « qui mobilise comme des consignes combatives, comme une chorale de récitateurs ouvriers, et le mènent à élaborer des synthèses socio-historiques qui l’élèvent  au sommet de la poésie philosophique hongroise ».</p>
<p>Cependant, de son vivant, il fut mal compris par ses camarades de parti, qui critiquaient sa poésie par son pessimisme et pour être d’une insuffisante agitation, étant peu à peu mis de côté et marginalisé, étant aussi exclu de la délégation hongroise qui assista au Congrès d’Ecrivains Soviétiques en 1935, qui a eu lieu à Moscou, où le poète Gyula Illyés assista à sa place. Ses derniers livres sont <em>Nuit de faubourg </em>(1932), <em>Dance de l’ours </em>(1934) et <em>Cela fait mal</em> (1936). Et pour cela Attila avait déjà coupé avec les gens de <em>Nyugat</em>. Il est probable que l’extraordinaire  beauté de sa dernière poésie soit surgit de la recherche du salut dans la parole , qu’à la fin lui fut insuffisante, et qui dut à la morbidité qui régnât autour de sa fin tragique, de nombreux critiques ont une prédilection pour cette période dans laquelle ils découvrent  une complexité symbolique épurée et une intensité inédite jusqu’alors chez József et dans la poésie contemporaine, dans cette symbiose de l’intellectuel et du lyrique, de l’idéologique et de l’affectueux. Mais, je pourrai dire qu’il ne cherchait pas de rédemption contre cela dans la poésie mais dans la vie réelle. Ce pourquoi, pour rendre le sujet moins dramatique, il écrit : « Oui je suis poète, mais en quoi peut-elle m’intéresser la poésie en elle-même ? Cela ne serait pas aussi beau si l’étoile de la rivière nocturne montait au ciel… ».</p>
<p>Le volume de publication  posthume, <em>Flora mon amour</em>, de lettres et poèmes qu’il écrivit  pendant ses derniers mois de vie, et le texte sur la maladie d’ Attila que  son neurologue Robert Bak publia en 1937 à <em>Sxép Szó </em>(<em>Argument</em>) —magazine littéraire de tendance radicale et gauchiste, fondé en 1936, dans lequel József travailla comme rédacteur pendant cette époque-là—, présente quelques indices pour ceux qui veulent faire des recherches et rassasier leur curiosités avec une obsession nécrophilique, autour des évidences psychologiques qui expliquent le pourquoi de sa décision fatale. Dans un des poèmes écrits quand il se démène encore avec la psychanalyse, pour ne pas tomber dans la folie, s’affiche clairement ce dont parle l’auteur de <em>Le zéro et l’infini</em>, comme une nouvelle branche de la poésie créée par Attila : la chanson populaire de contenu freudien, <em>Le péché </em>: «  Il semble que je suis un lugubre pécheur, / mais grâce à toi, je me sens bien. / Cependant, il m’inquiète de savoir pourquoi / ce pécheur étant à moi, il m’élude (…) Je vous dis donc : une fois j’ai tué un homme, / c’était mon père, selon ce que je crois. / Devant mes yeux coula son sang rouge, / par une nuit d’encre coagulante. // Au nom de  Dieu je l’ai attaqué avec un couteau ; / —nous sommes des  humains après tout, / et pourtant la dent de l’assassinat  nous rongera—, / et poignardé comme il l’a été tomba. (…) Peut être mon péché est une tache d’enfance / Et, en réalité, rien de pire ; / et bientôt le monde se rétrécira à nouveau / et je remonterai de nouveau sur mon dada. // Dieu me laisse indifférent ; le diable aussi ; / ce n’est pas eux que me mirent au monde. / Un jour je déchiffrerai mes péchés, / et toute l’humanité m’aidera ».</p>
<p>Sa vie sentimentale fut marquée par la désillusion, la déception et des amours non partagés. Il avait aimé Martha Vágo, mais sa famille bourgeoise s’opposa au mariage. En 1930 il connaît Judit Szántó, et avec l’amour de celle-ci il semble atteindre l’équilibre émotionnel, mais tout s’effondra quand elle tenta de s’empoisonner, ceci le tourmenta et atteint son fragile état psychologique. L’histoire nous dit que deux êtres tels ne peuvent que se faire du mal. Ses successifs ratés amoureux auront une explication étroitement liée à son état mental face au progrès de la schizophrénie : « aimez-moi avec véhémence, fuyez mon immense douleur ! », écrit-il.</p>
<p>Repoussé par ses camarades, traqué par la pauvreté, le  manque d’amour, la solitude et la folie, il chercha désespérément une raison pour s’accrocher à la lucidité, s’afférer à la raison. Mais, malgré les constantes adversités, Attila résistera, car il avait la peau dure en raison des constants sacrifices, carences et absences qu’il a dû subir dès son enfance, mais dans ces dernières années, toutes les adversités étaient des agents détonants : « A cette époque-là, néanmoins, j’ai eu un coup de  chance imprévu,  si bien que, malgré mon endurcissement je n’ai pas pu le supporter ». Ses fortes dépressions et la peur de la folie feront qu’en 1935 il sera hospitalisé, cette  expérience le poussa à écrire : « Je sens que me yeux sautent de ma tête. Si je deviens fou, s’il vous plait, ne me faites pas mal. Seulement prenez-moi de vos mains fortes ».</p>
<p>Peut-être,  si nous regardons de près  sa dernière poésie elle peut nous donner des indices de ses batailles intérieures, de ses efforts pour échapper au trou d’angoisse dans lequel il s’enfonçait, où les vers coulent comme des exorcismes linguistiques. Dans l’intensité intimiste de <em>Cela fait  mal</em>, nous trouvons quelques symptômes : « De la mort / qui te guète en dedans  et en dehors / (peureuse souris dans ton trou), / tu fuit passionnée / vers celle que tu aimes/ pour qu’elle te protège / avec ses bras,  genoux et seins ». Peut-être ceci explique-t-il pourquoi il tombait amoureux aussi rapidement de femmes qu’il connaissait. Pendant son suivi  par la doctoresse Edit Gyömrői, il tomba amoureux d’elle qui après l’avoir rejeté, interrompit les séances psychologiques vers la fin de 1936. « Mais regarde, il eut une femme / qui comprenait  ces mots, / et cependant elle m’écarta  d’elle. // Ainsi donc, je n’ai pas de place parmi les vivants.  La tête me tinte, / ma douleur, mon anxiété sont comme un enchevêtrement // je suis comme un enfant qui, // laissé seul par ses parents / agite son hochet entre ses doigts ». Cette nécessité exacerbée de tendresse et protection, peut-être — comme le suggèrent certaines études—  est-elle la conséquence de la mort précoce de sa mère, mais on devine en lui ce besoin majeur de s’agripper à quelque chose qui puisse l’empêcher de couler dans l’océan de la démence, dans l’espoir d’être purifié et racheté par l’amour. De là ses invocations désespérées, d’un ténébrisme émouvant : « Secourrez-moi ! / les petits, que quand elle passera, / éclatent vos yeux purs. // Innocents ! / criez comme si on vous marchait dessus / et dites-lui : ça fait mal ! // Chiens fidèles ! / écroulez-vous sous les roues /  et aboyez-lui : ça fait mal ! // Femmes enceintes, / avortez et pleurez-lui / entortillées : ça fait mal ! (…) Petits poissons, mordez / l’hameçon dans l’eau glacée glapissez-lui : ça fait mal ! // Et vous, vivants, / émus par la douleur, / que brulent vos toits et vos sillons, // et, autour de son lit,  / calcinés, mâchonnez avec moi, pendant qu’elle dort : ça fait mal ! // Qu’elle l’entende tant qu’elle vivra. / Ella a rejeté le meilleur d’elle-même. / Pour son confort elle dépouilla dans ce monde // ce vivant qui fuit / en dedans comme en dehors, / du dernier refuge ».</p>
<p>Pendant la dernière année, ses crises furent de plus en plus fréquentes. Et en février 1937, dans une de ses thérapies psychologiques, il connut Flora Kozmutza, spécialiste en pédagogie de réhabilitation, dont il tomba amoureux aussitôt et de qui il ne sera pas non plus, payé de retour. C’et à elle qu’il dédia ses derniers poèmes d’amour imprégnés aussi de son désir de liberté et d’un monde nouveau.</p>
<p>Certains vers, avec un dénouement à la manière d’Apollinaire dans la traduction du cubain Fayard  Jamis, disent : «  j’ai besoin de toi, Flora, comme la campagne a besoin / d’école et de lumière électrique et d’un puits dans la  savane. /  Comme l’enfant du jouet et du sein qui l’aime / et tous les ouvriers de la conscience humaine. / Comme les pauvres ont besoin de ce monde / de la vertu et de l’audace, j’ai besoin de toi. Flora, / tel le besoin de ce profond chaos / d’une raison ardente qu’installe ici l’aurore ».</p>
<p>Il est probable que les absences, la pauvreté et la mauvaise alimentation, aient diminué peu à peu son corps et sa santé mentale, et le poussaient à mettre fin à tout. Et peut-être aussi parce que ses désirs d’évasion ont été récurrents tout au long de sa vie, il avait essayé de se suicider depuis son enfance. La première fois il avait neuf ans, en avalant une barre d’amidon dont il croyait qu’elle était du poison. Puis, adolescent déjà, il se coucha sur les voies d’un train qui étrangement ne passa pas à l’heure habituelle. Et en partant à sa rencontre, marchand sur les voies, il apprit  qu’à un kilomètre et demie du  lieu, le train qui devait venir pour lui, avait écrasé une autre personne : « Le train éclairé de soleil a roulé / devant le seuil de ma vie indifférent. / Va-t-en, / les traces de tes pieds / ne font plus de mal ».</p>
<p>Depuis, l’idée que quelqu’un était mort à sa place l’accompagnera comme des éclairs récurrents transformant les images de ces trains de marchandises qui transitent à grande vitesse, en une de ses obsessions amères. Jusqu’au 3 décembre 1937, où après avoir passé quelques semaines dans une clinique pour malades mentaux, être sorti et placé sous la garde de ses sœurs en raison d’une apparente amélioration, cette image fantasmagorique de wagons rugissant à toute vapeur  se concrétisa et il sera écrasé dans une station proche du lac de Balatonszárszó. Et avec ceci naîtra la légende du poète tragique et engagé, du « Suicidé par la société », comme l’écrivit Artaud en faisant référence à Van Gogh.</p>
<p>Plus tard, même Flora —qui se maria en 1939 avec le poète Gyula Illyés—, publiera en 1935 un livre intitulé <em>Les derniers mois d’Attila József</em>. Illyés confessa plus tard, dans un article à la mémoire de ce dernier publié dans la revue <em>Nyugat </em>: «  Nous avons été des contemporains, copains, camarades, et cependant, le destin, presque avec une cruelle intention, a fait tant de contrastes douloureux entre nous ». Luis La Hos, raconte que le poète Luis Hernández, traducteur des poèmes de József qui intègrent  son anthologie de poètes suicidaires, de titre pavesien, <em>Viendra la mort et elle aura ses yeux</em>, avait un enthousiasme très particulier à travailler avec lui. Hernández avait été une nuit au même endroit où József s’était tué et, peut-être dans une macabre imitation, le péruvien fera la même chose en 1977, en se jetant au passage d’un train en marche, à Buenos Aires. Le poème <em>Sans travail</em>, dans la traduction de Luis Hernández, acquiert une musicalité suracceuillante : « Je suis un oiseau à qui les ailes ont failli. / Cela fait dix-huit mois que je survie. // Dans les plus profondes failles du marché. / J’ai essayé de voler entre les corbeilles sales et les cageots. // J’ai essayé de vendre de livres mais je n’ai pas vu d’opportunité ni avec Shaw, ni Cocteau, ni Barbuse, ni Zola. // Commerçants affamés du grain doré/ j’ai vu faillir. // Je n’ai ni soupe ni pain et je demeure là. /   En dormant les nuits sur un bac, sur la pelouse des anges ».</p>
<p>Arthur Koestler narre cette triste fin  avec une image émouvante —peut-être analogue à celle du tourmenté Vincent qui se coupa l’oreille— : «  En approchant de la station le train commençait à avancer lentement. Attila couru, passa par-dessous la barrière, s’agenouilla entre les voies et tandis que le train augmentait sa vitesse, il mit son bras droit sur une voie dans l’intervalle du passage de deux wagons. Plus tard ont a dû trouver ce bras, proprement retranché, à une certaine distance du corps détruit. Quelques jours après la mort d’Attila, sa famille trouva dans un tiroir une chemise à laquelle on avait coupé  le manche droit avec des ciseaux. Le complexe de culpabilité, d’après ce que l’on voit, l’avait inspirée  l’idée qu’il devait s’amputer le bras droit ; et quand il le fit, le train « en réclamant plus de proie », traina le reste du corps sous les roues. Celui qui annonça la mort du poète à ses sœurs fut l’idiot du village, qui le fit entre rires et balbutiements ».</p>
<p>Cette crise trouva Attila, avec un complexe de culpabilité qu’il prétendit expurger et en asseyant de le faire, peut-être pas comme une tentative de suicide comme nous l’avions pensé jusqu’à maintenant, il aura été trainé par la mort. Et avec ce train partait le plus important poète de la patrie du Nobel, Imre Kertész, Endre Ady ou encore László Nagy.</p>
<p>Par la gentillesse de <a href="http://www.voltairenet.org"><span style="text-decoration: underline;">voltairenet.org</span></a> <em> </em></p>
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